Le Saviez-Vous ? Les livres reliés en cuir humain (spécial Halloween)

Sur le même sujet : Leporello : le vrai nom du livre en accordéon (et son origine)

Jaquette et jacket, deux mots français (par l’étymologie)

Il est fréquent d’entendre des plaintes face à l’invasion des anglicismes en français, comme « t-shirt ». Plus sournois, il y a des mots anglais qui se sont fait discrets dans nos dictionnaires au point de se faire oublier. Aujourd’hui nous allons parler de la « jaquette » de livre.

Là où ça devient rigolo, c’est que jaquette vient de l’anglais jacket. Les français cherchaient un mot pour désigner cette invention anglaise (deuxième moitié du XIXe. s.).

Sauf que le mot jacket vient lui-même du français ! Imaginez-vous, le Jean-Paul Gauthier de la haute couture française au XVe s. réinvente le jaque, une tunique portée au Moyen-Âge par les manants, pour en faire le nouvel habit à la mode, qu’il a renommé jaquette !  Les anglais, n’ayant pas de mot, ont pris le mot français, en ajoutant juste leur touche personnelle à l’orthographe.

C’est donc très bel exemple de ping-pong lexical entre deux langues… Et il y en a encore bien d’autres, dont je vous parlerai dans un prochain article.

Il est intéressant de noter qu’à l’origine, la jaquette de livre était en fait un emballage intégral, scellé à la cire ou avec de la colle, qui servait à protéger les reliures magnifiques et si fragiles de l’époque. Elle était enlevée et jetée soit directement par le libraire avant de l’exposer en rayon sous son plus beau jour, ou plus tard par l’acheteur, avant de faire exactement la même chose dans sa propre bibliothèque. Ce n’est que plus tard que la jaquette est devenue plus magnifique que la reliure, en restant tout aussi fragile, et que sa fonction principale a été de donner envie d’acheter le livre.


💬 Pour commenter, c’est facile, il suffit d’indiquer un pseudo et de valider ! Pas besoin de renseigner d’e-mail ou de site web (sauf si vous voulez être averti quand quelqu’un répond à votre commentaire, par exemple si vous me posez une question !).

couverture de The Illustrated Dust Jacket, 1920-1970, Martin SalisburyThames & Hudson, 11/21/2017
couverture de The Illustrated Dust Jacket, 1920-1970, Martin SalisburyThames & Hudson, 11/21/2017, @ledetectivedesmots sur Instagram

Sources

http://www.cnrtl.fr/definition/jaquette
https://www.theguardian.com/books/2009/apr/24/earliest-dust-jacket-library
http://www.cnrtl.fr/definition/jaque

Le « dictionnaire » en deux mots

Le mot  « dictionnaire » vient du latin dictio, « ce que l’on dit », et a donc pour mission de recenser la langue telle qu’elle est parlée. On remarquera qu’il n’y a aucune notion de « bien parler », et qu’en France c’est l’Académie française qui impulse cette dynamique, tandis que l’OED anglais est beaucoup plus ouverts aux nouveautés langagières de tous bords de l’échelle sociale. Même si le nombre de nouveautés par an avoisine les 4000, on comprend qu’un tri est malgré tout incontournable…

Romain Vignes https://unsplash.com/photos/ywqa9IZB-dU

Le dictionnaire : origine, explication, étymologie. Romain Vigne

Saviez-vous qu’il y avait un mot pour ceux qui conçoivent les dictionnaires ? Logique, remarquez, ceux-là même qui classent les mots n’avaient pas de nom, où irait le monde… On les appelle « lexicographes », un mot emprunté au XIXè. s. à l’anglais lexicography (1680), à savoir ceux qui écrivent (graphe) les lexiques (lexico).

Petite parenthèse, le « bibliophile » est celui qui aime (philo) les livres (biblio), et c’est de ce même radical qu’a été dérivé biblia qui désigne « LES livres », à savoir… la Bible. En effet, celle-ci est composée de plusieurs livres, et la Bible est au pluriel au latin.

sources : Trésor de la Langue Française Informatisé

Le « papier » se livre

Avant d’écrire sur du néant électronique, nous avons longtemps écrit sur du papier d’arbre, après avoir abandonné le papier de chiffon, le papier de peau de vache, et bien avant encore : le papier de plante angiosperme monocotylédone de la famille des Cypéracées. En substance, le papyrus, ancêtre du papier, est un support pour écrire fait à partir d’un tressage de tiges de la plante égyptienne du même nom. On peut l’observer notamment dans les fresques quand on se promène la nuit dans les labyrinthes mortels des tombeaux de pharaon. Mais d’où vient le mot « papier » ?

https://unsplash.com/photos/WmnsGyaFnCQ

L’étymologie du papier ne vient pas des arbres, mais du papyrus. JJ Ying

Le papyrus d’Égypte fut employé en Europe jusqu’au VIIIe s. Ensuite, les Arabes bloquant le commerce avec le Nil, les moines copistes se sont rabattus sur le parchemin, jusqu’au XIIe s.

À la fin de ce siècle, on a adopté le papier de chiffon, importé de Chine (déjà à l’époque, bon sang de bonsoir !!).

 

J’ai tapé « papier » dans le dictionnaire d’étymologie française le plus fiable au monde, et j’ai vu ça :

Désespoir étymologique

Après deux minutes de détresse respiratoire face à ce pavé aride d’abréviations, de citations en provençal médiéval, et de titres de bouquins avec auteur/chapitre/page/ligne/longitude/latitude, j’ai fini par repérer un troupeau de paperium et papyrum au troisième quart du texte, je me suis donc dit que j’étais sur la bonne piste. Et comble de l’étymologie faite chair et os, le mot « papier », a aussi pour ancêtre le mot « papyrus » ! (Hurlements euphoriques.) Au XIIe s., le papier de chiffon était d’ailleurs appelé « papyrus », exactement comme les anglais appellent notebook aussi bien un calepin qu’un mini ordinateur portable, quoi.

Dernière mise à jour : 03/09/19


💬 Pour commenter, c’est facile, il suffit d’indiquer un pseudo et de valider ! Pas besoin de renseigner d’e-mail ou de site web (sauf si vous voulez être averti quand quelqu’un répond à votre commentaire, par exemple si vous me posez une question !).

96997c4552d18b8f86cf746e773965b2

sources :
http://www.cnrtl.fr/definition/papier
image :  http://vikingpenguinbooks.tumblr.com/post/11621529219/were-here

Leporello : le vrai nom du livre en accordéon (et son origine)

Ou comment un livre peut vous emmener loin dans les territoires mystérieux et surprenants de l’étymologie …

J’ai dans ma bibliothèque un livre pas comme les autres : il se déplie comme un accordéon ; sur une face il y a une histoire illustrée, et sur l’autre une collection de poèmes. Le livre accordéon, ou livre frise, possède un nom technique dont l’absence des dictionnaires est sidérante. Il ne figure ni dans le Larousse, ni dans le Trésor de la langue française informatisé, ni, et c’est le plus fort, dans le Dictionnaire encyclopédique du Livre ! Cet article est donc le fruit de recherches dans les ruelles sombres où bourgeonnent les sites férus d’édition, parfois en néerlandais, et occasionnant de macabres découvertes (vous verrez)…

Après cette introduction « privilège et mystère » à la Stéphane Bern, sortez vos hachoirs et rentrons dans le vif du sujet. Dans le dos des dictionnaires, donc, ce type de reliure s’appelle un leporello.

Le leporello, aux consonances italiennes, aurait-il été créé en Italie ? Que nenni. Le livre-accordéon nous vient d’Asie. On en fabriquait à partir de rouleaux trop abîmés par le temps pour être manipulés, afin de les maintenir en vie plus longtemps.
Cette technique est devenue à la mode en Europe à la fin du XVIIIème siècle, et c’est justement à cette période-là que Mozart a eu la bonne idée de diffuser sur grand écran le meilleur Blockbuster musical de l’époque : Don Giovanni.


A lire aussi : Origine du prénom « Wolfgang » (Mozart était-il un voleur ?)


C’est un des personnages de cet opéra qui a donné le nom actuel du livre-accordéon. Le valet de Don Giovanni s’appelle en effet Leporello. Dans l’Acte I, Don Giovanni, après avoir traumatisé une jeune femme en se pointant chez elle au milieu de la nuit pour la choper, résultant en la mort accidentelle du père, tombe sur une de ses ex, qu’il fuit, laissant son valet s’en dépatouiller tout seul. Leporello montre alors à la malheureuse qu’elle n’est pas la seule conquête abandonnée comme une vieille chaussette par son maître, et pour le lui prouver, il lui montre le registre de toutes les maîtresses de Don Giovanni sous la forme d’une liste longue à l’excès, qui se déplie jusqu’au sol comme un accordéon. Et hop, la fille est encore plus énervée et le livre-frise rebaptisé à l’aide d’une antonomase (c’est quand on utilise un nom propre comme nom commun, exemple : l’harpagon conserve ses kleenex usagés dans le frigidaire pour pouvoir les réutiliser.)

Comme je le suggérais en introduction, au fil des pages internet, j’ai été témoin d’un exemple de « sérendipité » plutôt macabre (pour l’article sur l’étymologie et le sens de ce mot, cliquez ici.) Je suis tombée sur un article de blog sur les livres en cuir humain, dont le pic de production va de fin XVIIIème à fin XIXème… L’ironie ne s’arrête pas là. Savez-vous quel type de livres avaient le plus tendance à être fait ainsi ? Des livres de médecine, et plus précisément d’anatomie et… de dermatologie.


💬 Pour commenter, c’est facile, il suffit d’indiquer un pseudo et de valider ! Pas besoin de renseigner d’e-mail ou de site web (sauf si vous voulez être averti quand quelqu’un répond à votre commentaire, par exemple si vous me posez une question !).

Leporello, origine, explciation, étymologie

Ce livre est un leporello sans le savoir…

sources :
https://bibliophilie.blogspot.com/2007/06/les-reliures-en-peau-brrr-humaine.html
http://www.vanbroektotboek.nl/?page_id=208 (en néerlandais !)

images : https://www.editionsapeiron.com/catalogue/histoire-de-loiseau-qui-avait-perdu-sa-chanson/

La définition et l’étymologie de filigrane, de l’Italie à l’orfèvrerie

Aujourd’hui, je reprends un cousin de mes fils rouges préférés « Les mots des métiers du livre » : la papeterie. Êtes-vous familier avec ce petit mot qui sait se faire si discret :le filigrane ?

On le connaît sous son dernier travestissement : une élégante empreinte dans du papier à lettre, que l’on ne distingue qu’en mettant ledit papier à contre-jour (il faut ouvrir les yeux, aussi).   Figurez-vous que notre ami le filigrane a subi une reconversion professionnelle, puisqu’il provient de l’orfèvrerie (dingue, hein ?).

Lire la suite