La signification extraordinaire de loucherbem (et l’étymologie de boucher)

Vous avez lu Les Mystères de Larispem de Lucie Pierrat-Pajot et souhaitez en savoir plus, ou alors vous avez croisé le mot loucherbem par hasard ? Cet article répondra à vos questions, et vous fera découvrir le Paris du XIXe siècle de la pègre et des voleurs… Pour bien comprendre ce qui va suivre, je vous invite à d’abord lire le premier opus de la série Le largonji des loucherbems.

La question du jour est : quel est le lien entre un boucher, Les Misérables et une chèvre ?

Signification et origine de loucherbem

Démonstration
loucherbem – L
oucherbem – EM
oucherb – B
B + oucher
= BOUCHER

Qu’est-ce qui reste si on enlève le « l » et le suffixe « -em » de « loucherbem », et si on remet le « b » au début ? Boucher. De même, largonji et largomuche sont deux mots dans cet argot boucher pour un seul et même mot français… « argot », j’explique dans le premier chapitre la règle de formation des mots pour parler cet argot. Le largonji, ou largomuche, des loucherbems est né au XVIIIe s. chez les bouchers de la Villette. Ces abattoirs étaient le milieu idéal pour sa conservation : fermés sur eux-mêmes, une novlangue pouvait se développer sans être éventée, altérée ou moquée.

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Les origines de la « bougie » sont éclairantes (ha, ha !)

Calendrier de l’avent 2 sur 4.

Nous sommes déjà le deuxième dimanche de l’Avent, et c’est l’occasion d’allumer la deuxième bougie de ce calendrier étymologique.

Figurez-vous que le mot « bougie » nous réserve une jolie surprise : ce mot ne vient ni du latin, ni du grec, comme il est assez commun de le faire pour les mots français. Il vient de l’arabe, et plus précisément, d’un nom propre ! Bugāya, était le nom d’une ville d’Algérie (actuellement Béjaia) qui exportait de la cire en Europe. « Bougie » a d’abord désigné la ville, puis la ville et la cire qui en provenait, et enfin la ville, la cire et la bougie qu’on fabriquait à partir de la cire provenant de cette ville. On peut dire que la boucle a été bouclée.

Photo de Tim Mossholder sur Unsplash.

Jusqu’au XIXè s., la bougie était utilisée par les nobles et les riches, car elle coûtait cher (Bugāya n’était pas la porte à côté, en même temps). Et les pauvres, eux, se coltinaient d’insupportables chandelles en suif qui fumaient noir, salissaient tout, se consumaient à toute vitesse et puait le gras de porc (le suif, donc). La prostituée tristement célèbre de la nouvelle éponyme écrite par  Guy de Maupassant, « Boule de Suif », avait donc un surnom peu valorisant, associant la salissure et l’odeur du suif, à un certain embonpoint et des origines populaires. En un surnom tout est dit, bravo Guy.

L’essentiel

  • « bougie » vient du nom de la ville Algérienne de Bugāya où était fabriquée la cire

Sources

Dictionnaire de l’Académie française, huitième édition, 1932-1935
Dictionnaire de l’Académie française, neuvième édition
http://www.cnrtl.fr/etymologie/bougie
http://www.cnrtl.fr/etymologie/cierge
https://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9ja%C3%AFa

L’origine féline du mot chatoyer

On dit des diamants qu’ils « chatoient » parce que la lumière crée des reflets mouvants sur leur surface. Mais d’où vient le verbe « chatoyer » ? De chat. Oui, oui ! Pour une fois, la langue française est juste poétique et mignonne. Employer ce verbe, c’est faire un parallèle entre un objet sur lequel la lumière joue, et les reflets changeants que la lumière crée dans les yeux des chats. Si ce n’est pas formidable.

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Origine du mot vampire, et l’histoire dramatique du premier vampire moderne

Figurez-vous que les mots « vampire » et « chauve-souris » ont un rapport autre que la métamorphose de l’un en l’autre les soirs de pleine lune ! Pour en savoir plus, penchons-nous sur l’étymologie du mot « vampire »… Mettez tout de même une gousse d’ail près de vous, on ne sait jamais…

Étymologie de « vampire »

Le mot « vampire » vient du serbo-croate vampir, qui a deux significations. Il désigne à la fois un homme qui boit le sang de ses victimes, et… une chauve-souris. Tous ces vampires dans les films qui se changent en chauve-souris ont donc une bonne raison étymologique de le faire !

A lire également sur le sujet : L’origine incongrue du mot chauve-souris

Les légendes originelles sur les vampires

Au départ, le vampire est une créature folklorique d’Europe de l’Est. Il a ensuite été emprunté par les écrivains pour leurs romans, devenant grâce à eux un personnage littéraire célèbre et donnant naissance à un genre à part entière. À l’origine, le vampire folklorique était un revenant rougeaud, ancien artisan ou paysan, qui mordait ses victimes pour boire leur sang. Il ne volait pas forcément et était devenu un vampire parce qu’il avait été mordu, ou simplement parce qu’un chat ou une chauve-souris soit passé par-dessus son cadavre ou encore il avait été le septième fils d’un septième fils, bref, les modes de transmission étaient variés et insolites. Revenir d’entre les morts n’est déjà pas très catholique, mais en Grèce il pouvait suffire d’avoir été excommunié de l’église orthodoxe pour devenir un vampire après sa mort ! D’où la peur des vampires pour les crucifix, l’eau bénite, les églises, etc. Le vampirisme était une sanction pour les hérétiques, de quoi stresser tout le monde et augmenter la fréquentation des églises de l’époque, même si les pratiquants sentaient singulièrement l’ail…

Mais alors d’où vient la figure du vampire que nous connaissons tous  ? Celle du riche vampire, ténébreux et sophistiqué, qui saigne à blanc les plus belles héritières de la région ? Enfilez vos pantoufles et branchez vos feux de cheminées, nous allons en l’Italie pour le découvrir…

L'origine du mot vampire.

Le premier livre de vampire

Ce n’est pas celui auquel vous pensez…

Qui ne penserait pas que le premier roman où le vampire est un aristocrate séducteur est Dracula de Bram Stoker, publié en 1897 ? Ce que cette oeuvre a accompli c’est atteindre la postérité, car le tout premier livre de vampire moderne, lui, est tombé dans l’oubli, mais pas avant d’avoir entraînés injustices et suicides sur son passage…

Tout commence un soir d’été 1816, dans une magnifique villa appartenant à Lord Byron (un grand poète romantique anglais et encore plus grand coureur de jupons). Il était en compagnie de son médecin personnel chargé de guérir ses insomnies, et d’un jeune couple : le poète et auteur politique Percy Shelley, et sa femme Mary. Mais pourquoi prendre des pantoufles bien chaudes en Italie, l’été, me direz-vous ? Parce que le temps était épouvantable, caractérisé par des pluies torrentielles et des températures glaciales. D’ailleurs, l’année 1816 a été baptisée « l’année sans été », en effet, la terrible éruption d’un volcan en Indonésie a abattu sur une partie de la planète douze mois d’hiver, créant famines, révoltes et ennui. Pour lutter contre ce dernier fléau, Percy, Mary, Byron et son médecin, John William Polidori, décident de passer le temps à se raconter des histoires de fantômes. Ils se lancent alors le défi d’écrire chacun un roman gothique et terrifiant. C’est ainsi que Mary Shelley eut l’idée de son célèbre Frankenstein, et que le médecin de Byron écrivit l’ancêtre tombé dans l’oubli de toute la littérature de vampire : The Vampyre. Je vous invite à jeter un œil à cette couverture d’époque, déjà du meilleur goût vampirique.

Synopsys du roman ‘The Vampyre’

On y découvre l’histoire d’Aubrey, un jeune noble anglais qui rencontre à une soirée un certain Lord Ruthven, qui a un léger accent étranger. Peu après, Aubrey part pour la Grèce, où il tombe sous le charme d’une jeune fille du cru, qui lui raconte des légendes sur le vampire qui hanterait sa région.

Lord Ruthven rejoint Aubrey en Grèce. Et bizarrement, le crush d’Aubrey est retrouvée morte, vidée de son sang par le vampire en question, c’est pas de bol. Aubrey et Ruthven décident de continuer plus avant leur voyage, mais ils tombent entre les mains de bandits sanguinaires. Ils se font détrousser, et Ruthven est mortellement blessé au cours de l’assaut.

Mais je ne suis pas là pour vous raconter des histoires, revenons-en aux choses sérieuses. La raison pour laquelle The Vampyre est pionnier dans le genre de vampire… Qu’entends-je ? Vous réclamez la suite ? Bon, c’est bien parce que c’est vous…

Ruthven agonisant fait jurer à Aubrey de ne pas mentionner sa mort à son retour à Londres et de garder le silence pendant un an et un jour. Puis, il rendit son dernier soufffle.

Aubrey rentra à Londres, légèrement traumatisé par ce voyage cauchemardesque. Il finit par être suffisamment remis pour se rendre à un bal avec sa sœur. Quelle n’est pas sa surprise quand il y voit Lord Ruthven, tout fringant. Impossible, il était mort ! Aubrey, avec un train à vapeur de retard, comprend alors qu’il est le meurtrier de la jolie grecque. Entre deux sandwichs au concombre, Lord Ruthven lui rappelle discrètement son serment. Aubrey est mort de peur. Il manque alors défaillir quand Lord Ruthven entreprend de draguer sa sœur. Lié par son serment, il ne peut pas la prévenir du danger qu’elle court. La date de leur mariage est annoncée : c’est le jour où le serment sera levé. Désespéré, Aubrey écrit une lettre à sa sœur révélant la nature terrifiante de son fiancé, mais elle arrive un jour trop tard à destination. La jeune femme est découverte exsangue le lendemain matin. Et Lord Ruthven s’est volatilisé dans la nature…

Un livre maudit ?

Ce livre pourrait facilement prétendre au titre d’œuvre maudite car il causera la perte de son auteur, John William Polidori. Suite à une erreur de l’éditeur de Lord Byron, The Vampyre a été publié au nom de ce dernier. Résultat : Polidori est ulcéré et Byron furieux. Lord Ruthven étant une parodie des origines aristocratiques de Byron et de ses manies de tombeur, il aurait fallu un énorme sens de l’auto-dérision de la part de celui-ci pour se tourner ainsi lui-même en ridicule ! Face à la débilité profonde des éditeurs qui refusent de dévoiler le véritable auteur au grand jour, Polidori met fin à ses jours en 1821, soit deux ans seulement après la publication dudit ouvrage…

Conclusion

Ces jeunes gens qui se pâment devant Edward de Twilight, ces téléspectateurs qui frissonnent devant Buffy contre les vampires, tous sont transportés par le fantôme de Lord Byron qui a traversé les siècles sous son habit fictionnel de vampire ténébreux !

Sources

https://fr.wiktionary.org/wiki/up%C3%ADr#cs
http://www.cnrtl.fr/etymologie/vampire
https://thoughtcatalog.com/james-b-barnes/2014/10/9-terrifying-facts-about-vampires-from-ancient-folklore-that-will-scare-the-sht-out-of-you/

Image : Couverture de The Vampyre par John William Polidori, éditeurs : Sherwood, Neely & Jones, London, 1819, deuxième tirage

Origine du mot vampire, et l’histoire dramatique du premier vampire moderne

Figurez-vous que les mots « vampire » et « chauve-souris » ont un rapport autre que la métamorphose de l’un en l’autre les soirs de pleine lune ! Pour en savoir plus, penchons-nous sur l’étymologie du mot « vampire »… Mettez tout de même une gousse d’ail près de vous, on ne sait jamais…

Étymologie de « vampire »

Le mot « vampire » vient du serbo-croate vampir, qui a deux significations. Il désigne à la fois un homme qui boit le sang de ses victimes, et… une chauve-souris. Tous ces vampires dans les films qui se changent en chauve-souris ont donc une bonne raison étymologique de le faire !

A lire également sur le sujet : L’origine incongrue du mot chauve-souris

Les légendes originelles sur les vampires

Au départ, le vampire est une créature folklorique d’Europe de l’Est. Il a ensuite été emprunté par les écrivains pour leurs romans, devenant grâce à eux un personnage littéraire célèbre et donnant naissance à un genre à part entière. À l’origine, le vampire folklorique était un revenant rougeaud, ancien artisan ou paysan, qui mordait ses victimes pour boire leur sang. Il ne volait pas forcément et était devenu un vampire parce qu’il avait été mordu, ou simplement parce qu’un chat ou une chauve-souris soit passé par-dessus son cadavre ou encore il avait été le septième fils d’un septième fils, bref, les modes de transmission étaient variés et insolites. Revenir d’entre les morts n’est déjà pas très catholique, mais en Grèce il pouvait suffire d’avoir été excommunié de l’église orthodoxe pour devenir un vampire après sa mort ! D’où la peur des vampires pour les crucifix, l’eau bénite, les églises, etc. Le vampirisme était une sanction pour les hérétiques, de quoi stresser tout le monde et augmenter la fréquentation des églises de l’époque, même si les pratiquants sentaient singulièrement l’ail…

Mais alors d’où vient la figure du vampire que nous connaissons tous  ? Celle du riche vampire, ténébreux et sophistiqué, qui saigne à blanc les plus belles héritières de la région ? Enfilez vos pantoufles et branchez vos feux de cheminées, nous allons en l’Italie pour le découvrir…

L'origine du mot vampire.

Le premier livre de vampire

Ce n’est pas celui auquel vous pensez…

Qui ne penserait pas que le premier roman où le vampire est un aristocrate séducteur est Dracula de Bram Stoker, publié en 1897 ? Ce que cette oeuvre a accompli c’est atteindre la postérité, car le tout premier livre de vampire moderne, lui, est tombé dans l’oubli, mais pas avant d’avoir entraînés injustices et suicides sur son passage…

Tout commence un soir d’été 1816, dans une magnifique villa appartenant à Lord Byron (un grand poète romantique anglais et encore plus grand coureur de jupons). Il était en compagnie de son médecin personnel chargé de guérir ses insomnies, et d’un jeune couple : le poète et auteur politique Percy Shelley, et sa femme Mary. Mais pourquoi prendre des pantoufles bien chaudes en Italie, l’été, me direz-vous ? Parce que le temps était épouvantable, caractérisé par des pluies torrentielles et des températures glaciales. D’ailleurs, l’année 1816 a été baptisée « l’année sans été », en effet, la terrible éruption d’un volcan en Indonésie a abattu sur une partie de la planète douze mois d’hiver, créant famines, révoltes et ennui. Pour lutter contre ce dernier fléau, Percy, Mary, Byron et son médecin, John William Polidori, décident de passer le temps à se raconter des histoires de fantômes. Ils se lancent alors le défi d’écrire chacun un roman gothique et terrifiant. C’est ainsi que Mary Shelley eut l’idée de son célèbre Frankenstein, et que le médecin de Byron écrivit l’ancêtre tombé dans l’oubli de toute la littérature de vampire : The Vampyre. Je vous invite à jeter un œil à cette couverture d’époque, déjà du meilleur goût vampirique.

Synopsys du roman ‘The Vampyre’

On y découvre l’histoire d’Aubrey, un jeune noble anglais qui rencontre à une soirée un certain Lord Ruthven, qui a un léger accent étranger. Peu après, Aubrey part pour la Grèce, où il tombe sous le charme d’une jeune fille du cru, qui lui raconte des légendes sur le vampire qui hanterait sa région.

Lord Ruthven rejoint Aubrey en Grèce. Et bizarrement, le crush d’Aubrey est retrouvée morte, vidée de son sang par le vampire en question, c’est pas de bol. Aubrey et Ruthven décident de continuer plus avant leur voyage, mais ils tombent entre les mains de bandits sanguinaires. Ils se font détrousser, et Ruthven est mortellement blessé au cours de l’assaut.

Mais je ne suis pas là pour vous raconter des histoires, revenons-en aux choses sérieuses. La raison pour laquelle The Vampyre est pionnier dans le genre de vampire… Qu’entends-je ? Vous réclamez la suite ? Bon, c’est bien parce que c’est vous…

Ruthven agonisant fait jurer à Aubrey de ne pas mentionner sa mort à son retour à Londres et de garder le silence pendant un an et un jour. Puis, il rendit son dernier soufffle.

Aubrey rentra à Londres, légèrement traumatisé par ce voyage cauchemardesque. Il finit par être suffisamment remis pour se rendre à un bal avec sa sœur. Quelle n’est pas sa surprise quand il y voit Lord Ruthven, tout fringant. Impossible, il était mort ! Aubrey, avec un train à vapeur de retard, comprend alors qu’il est le meurtrier de la jolie grecque. Entre deux sandwichs au concombre, Lord Ruthven lui rappelle discrètement son serment. Aubrey est mort de peur. Il manque alors défaillir quand Lord Ruthven entreprend de draguer sa sœur. Lié par son serment, il ne peut pas la prévenir du danger qu’elle court. La date de leur mariage est annoncée : c’est le jour où le serment sera levé. Désespéré, Aubrey écrit une lettre à sa sœur révélant la nature terrifiante de son fiancé, mais elle arrive un jour trop tard à destination. La jeune femme est découverte exsangue le lendemain matin. Et Lord Ruthven s’est volatilisé dans la nature…

Un livre maudit ?

Ce livre pourrait facilement prétendre au titre d’œuvre maudite car il causera la perte de son auteur, John William Polidori. Suite à une erreur de l’éditeur de Lord Byron, The Vampyre a été publié au nom de ce dernier. Résultat : Polidori est ulcéré et Byron furieux. Lord Ruthven étant une parodie des origines aristocratiques de Byron et de ses manies de tombeur, il aurait fallu un énorme sens de l’auto-dérision de la part de celui-ci pour se tourner ainsi lui-même en ridicule ! Face à la débilité profonde des éditeurs qui refusent de dévoiler le véritable auteur au grand jour, Polidori met fin à ses jours en 1821, soit deux ans seulement après la publication dudit ouvrage…

Conclusion

Ces jeunes gens qui se pâment devant Edward de Twilight, ces téléspectateurs qui frissonnent devant Buffy contre les vampires, tous sont transportés par le fantôme de Lord Byron qui a traversé les siècles sous son habit fictionnel de vampire ténébreux !

Sources

https://fr.wiktionary.org/wiki/up%C3%ADr#cs
http://www.cnrtl.fr/etymologie/vampire
https://thoughtcatalog.com/james-b-barnes/2014/10/9-terrifying-facts-about-vampires-from-ancient-folklore-that-will-scare-the-sht-out-of-you/

Image : Couverture de The Vampyre par John William Polidori, éditeurs : Sherwood, Neely & Jones, London, 1819, deuxième tirage

« Devant le sommeil bleu des rideaux illunés » : histoire du mot inventé par un jeune poète

« Illuné », ce mot ne vous dit rien ? Normal, on ne le trouve qu’une seule fois dans toute la littérature, alors la probabilité que vous l’ayez rencontré est infinitésimale.

Pourtant ce mot mérite que l’on parle davantage de lui, puisqu’il est le fruit du désir d’avoir un mot pour décrire ce qui est éclairé par la lune (si c’est pas une idée de bonhomme sentimental et poétique, ça !).

Le scandale, c’est que nous n’avions pas du tout de mot pour ça avant que Rimbaud ne soit encore une fois jamais mieux servi que par lui-même, et l’invente par un beau jour (ou plutôt une belle nuit) de 1871.

Photo de Ganapathy Kumar sur Unsplash.

« Illuné » est construit sur le mode d’« illuminé », où la lumière (-lum) est remplacée par une allusion à la lune (lun-).

Un mot inventé par un écrivain et qu’il n’utilise qu’une fois, quel étrange phénomène… Qui a un nom officiel, lui ! On les appelle des « hapax ». Tout aussi étrange, on dirait un sortilège pour les malédictions. Sauf que non, en fait ce nom est tout à fait logique et approprié puisqu’il vient du grec ἅπαξ λεγόμενον qui signifie « dit une seule fois ».

D’ailleurs, si nous commencions subitement à utiliser l’hapax « illuné » dans la vie de tous les jours et dans les médias, il cesserait immédiatement d’être un hapax, et deviendrait un banal néologisme. Alors faites-en bon usage…

A son réveil, - minuit, - la fenêtre était blanche.
Devant le sommeil bleu des rideaux illunés,
La vision la prit des candeurs du dimanche;
Elle avait rêvé rouge. Elle saigna du nez,

Les Premières Communions, Poésies, Arthur Rimbaud, 1871

Source

http://www.cnrtl.fr/definition/illuner

L’étymologie du mot noise et son rapport avec Harry Potter

Pourquoi l’expression « chercher des noises » contient « noise » ?D’où vient le mot « noise » ? Pourquoi la plus petite pièce de monnaie dans Harry Potter s’appelle-t-elle ainsi ?

Connaissez-vous le mot anglais noise ? Auriez-vous dit qu’il venait du français ? Eh bien, si !

Le mot français « noise » est tombé en désuétude et n’est plus guère utilisé que dans l’expression « chercher des noises à quelqu’un » (c’est-à-dire « chercher querelle »). Les anglais ont emprunté le mot au XIIIème s. pour désigner un bruit fort ou un cri. Quel est le rapport entre le mot anglais et le mot français, alors ?

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