Les origines de « morceau » et « bit » ont un point commun

Il n’est pas si courant que le français, l’anglais et l’allemand s’accordent sur la création d’un mot. Eh bien en voici un exemple avec la façon de dire « petit morceau » dans ces trois langues.

L’origine du mot morceau

Commençons par le français « morceau ». Dérivé de « mors », c’est-à-dire la partie d’une bride mordue par le cheval, ils viennent tous les deux du verbe mordre. Détail important pour la suite : le « morceau » désignait à l’origine une portion de nourriture qu’on vient de mordre, à savoir une « bouchée ».

Origine de morceau et de bit
De façon très logique, morceau vient de mordre. Photo by Patrick Fore on Unsplash

La traduction de « morceau » en anglais

Maintenant, l’anglais bit, qui désigne depuis le XVIIème s. une petite unité de temps, de longueur, de nourriture… Eh bien c’est le participe passé de bite, mordre. C’est donc la même image que « morceau » !


A lire aussi : L’étymologie de nightmare est un vrai cauchemar


Et pour finir, l’allemand bisschen, est composé bissen… la bouchée (petite), de beissen : mordre et du suffixe -chen qui indique que ce qui précède est petit (comme -ette dans « maisonnette » en français) !

Alors, les langues, c’est pas si compliqué de se mettre d’accord !

Sources

https://www.duden.de/rechtschreibung/bisschen
https://www.duden.de/suchen/dudenonline/Bissen
https://www.etymonline.com/word/bit
http://www.cnrtl.fr/definition/morceau
https://www.littre.org/definition/morceau

Origine du mot mermaid

D’où vient le mot mermaid ? Est-ce qu’il y a vraiment « mer » dans mermaid?

Origine du mot « mermaid »

Mermaid, apparu au XIVème s., est un joli mot valise composé de mere (Middle English) : la mer ou le lac, et de maid : la jeune femme. Ce qui donne donc « jeune fille de la mer ».

L’amour des Anglais pour les sirènes

Une particularité typiquement anglaise est que la sirène a été le symbole le plus utilisé sur les enseignes de tavernes et d’auberges dès le XVème s. De fait, une mermaid pie était, dans les années 1660, un porcelet cuit entier dans une tourte. De quoi faire un repas sain et équilibré ! L’inspiratrice de cette mode marketing ?

La Mermaid tavern à Bread Street, Cheapside à Londres, qui était un véritable club politique. Ses habitués s’étaient même donnés le surnom pompeux de « Fraternité des gentilshommes siréniaques » (Fraternity of Sireniacal Gentlemen), dont fit partie Sir Henry Neville, potentiel auteur des œuvres de Shakespeare, rien que ça.

Enseigne dorée en forme de sirène.
L’origine du mot mermaid, symbole adoré des Anglais. Photo by Nick Karvounis on Unsplash.

La sirène en poésie

Pour clore ce billet sur une note poétique, cette taverne a inspiré l’un des grands poètes anglais, dont témoigne cet extrait d’un poème de mon chouchou, le poète romantique John Keats :

Ames de poètes morts et disparus,
Quel Elysée avez-vous connu,
Riante campagne ou caverne moussue,
Plus raffiné que la Taverne de la Sirène?
Souls of poets dead and gone,
What Elysium have ye known,
Happy field or mossy cavern,
Choicer than the Mermaid Tavern?
Vers sur la Taverne de la Sirène (1818), John Keats (1795-1821) Lines on the Mermaid Tavern (1818), John Keats (1795-1821)
Fenêtres à sirènes sur façade
La sirène est un ornement utilisé en architecture. Photo by Irina Grotkjaer on Unsplash

Sources

https://www.etymonline.com/word/mermaid
https://en.wikipedia.org/wiki/Mermaid_Tavern
https://www.persee.fr/doc/rnord_0035-2624_1996_num_78_315_5120_t1_0390_0000_3

Ce mot anglais qui n’existe pas en français : « Jot »

Traduction de jot

Pourquoi jot n’a-t-il pas d’équivalent en français ? Parce que ce verbe signifie : noter mais en plus vite, pas forcément de façon aussi inspirée que dans « jeter sur le papier », mais pas forcément de façon illisible comme dans « griffonner ». Là où il nous faut cinq expressions et une image métaphorique avec « jeter sur le papier »…

Scoop : le lancer d’idées sur surface papiriforme devient enfin une discipline olympique (Le Monde, quinze juin de l’An 3056). Nota Bene : Ceci est une fausse citation.

… En anglais, pas de métaphore, mais un clin d’œil à la Grèce antique.

Origine du mot

Le verbe jot a indubitablement été créé par un lettré anglais, car ce petit mot vient de la lettre grecque  iota. Elle a donné notre i, et le i anglais (prononcé /ai/, mais pas toujours, assez rarement en fait, presque jamais quoi…).

Sur le même sujet : Bullet journal, ni calepin, ni agenda, origines et explication

https://unsplash.com/photos/8fQ-k_Wd9yU?utm_source=unsplash&utm_medium=referral&utm_content=creditCopyText

« Jot » : un verbe anglais qui mériterait une place en français, définition et étymologie. Estée Janssens

« Quel rapport avec la choucroute ? » me direz-vous, et ça faisait longtemps que vous n’aviez pas mis votre grain de sel dans une explication étymologique. Aussi tordu que cela puisse paraître, le lien est le suivant : le iota est la plus petite lettre de l’alphabet grec et est souvent associé à une chose insignifiante, à un détail sans importance. Jot transmet donc avec « grèce-ieuseté » l’idée de griffonner un petit rien.

Dernière mise à jour : 03/09/19


💬 Pour commenter, c’est facile, il suffit d’indiquer un pseudo et de valider ! Pas besoin de renseigner d’e-mail ou de site web (sauf si vous voulez être averti quand quelqu’un répond à votre commentaire, par exemple si vous me posez une question !).

source :
https://www.etymonline.com/word/jot

« Mad as a hatter » ou la vérité sur le Chapelier Fou

Vous arrivez en Angleterre, et le taux de bizarreries au mètre carré explose : les policiers sont quand même coiffés d’étranges couvre-chefs en moumoute, pour ne citer qu’eux (un aperçu en vidéo ici). En voyant tout ça, vous pourriez vous exclamer : they are mad as a hatter ! (ils sont fous comme des chapeliers). L’expression aurait-elle été inspirée par le Chapelier Fou de Lewis Carroll (aka Charles Dodgson) ?

Eh bien non. Le livre a contribué à populariser l’expression après sa publication en 1865, mais elle a des origines bien plus folles que cela…

Au XIXème s., les chapeliers utilisaient, pour traiter le feutre, du nitrate acide de mercure (rien que le nom ne fait pas envie…). Cette substance est sans surprise très nocive (on l’utilisait aussi pour traiter la syphilis, avec laquelle on obtenait rapidement des effets encore plus néfastes que la maladie seule, youpi !). Le nitrate de mercure rendait petit à petit les chapeliers déments, et tout tremblotants.

https://unsplash.com/photos/jBohRHjmLeo

Explication et origines de l’expression anglaise « mad as a hatter ». Paolo Nicolello

C’est plutôt cette réputation des chapeliers qui aura influencé Carroll. Les anglais désignent d’ailleurs l’intoxication au mercure par le doux nom de mad hatter syndrom, le « syndrome du chapelier fou ».

Petit bonus : certaines traductions d’Alice au pays des merveilles de Lewis Carroll mentionnent non pas le Chapelier Fou, mais plutôt un « Chapelier toqué », chapeau bas pour cette traduction très bien trouvée ! Il aurait été absolument magnifique qu’être toqué vienne du mot « toque », le couvre-chef des grands cuisiniers, car la boucle aurait été bouclée.
Grosse déception étymologique toutefois, car « être toqué » et la « toque » n’ont pas de rapport : le premier vient du verbe toquer (à la porte) et est similaire à l’expression « être complètement frappé » ; le dernier remonte à l’espagnol du XIème s., où la toca désignait déjà une coiffe en tissu. La toque n’a donc rien à voir avec la folie, c’est seulement le fou qui a été bercé trop près du mur !

L’essentiel en quatre points :

  • l’expression mad as a hatter vient de la démence fréquemment observée chez les chapeliers
  • le mad hatter syndrom a donné à Lewis Carroll le nom de son célèbre personnage
  • Alice au pays des merveilles a popularisé l’expression après sa publication en 1865
  • « être toqué » vient du verbe toquer (à la porte), dans la même logique qu’« être complètement frappé »

sources :
https://corrosion-doctors.org/Elements-Toxic/Mercury-mad-hatter.htm
http://www.cnrtl.fr/definition/toqu%C3%A9
http://www.cnrtl.fr/definition/toque

💬 Pour commenter, c’est facile, il suffit d’indiquer un pseudo et de valider ! Pas besoin de renseigner d’e-mail ou de site web (sauf si vous voulez être averti quand quelqu’un répond à votre commentaire, par exemple si vous me posez une question !).

Le secret pour bien parler anglais et origine du schwa

IMG_0287[8011]

Il existe en anglais une autre voyelle que a-e-i-o-u-y ; elle est partout, mais personne n’en parle. Il existe un révélateur chimique qui permet de déceler cette voyelle invisible, que je vais vous dévoiler.

Nous savons tous que lorsque nous suivons les règles de l’orthographe française, nous n’écrivons pas ce que nous disons. Exemple : laquelle des voyelles de « eau » prononçons-nous ? (Un de mes élèves les a toutes tentées, plein d’espoir, mais non, nous prononçons un « o » qui n’est même pas parmi les lettres du mot !) Lorsque nous écrivons ce mot en alphabet phonétique international, un alphabet qui permet de retranscrire fidèlement tous les mots du monde selon la prononciation, nous avons ceci : [o], tout simplement. L’anglais (et bien d’autres langues) a le même problème, combien de fois nous sommes-nous plaint que les anglais ne disaient jamais ce qu’ils écrivent ? Eh bien l’alphabet phonétique permet de voir quelles voyelles sont en réalité prononcées en schwa.

Connaissez-vous l’encre sympathique ? Ce n’est pas une encre bien gentille qui sèche vite, comme mes 5e l’ont avancé, mais une encre invisible, qu’il faut chauffer pour la faire apparaître. Notamment à l’aide d’un grille-pain. Si nous passons ce petit texte au grille-pain, alors le schwa est révélé au grand jour: les a, les o, les u sont remplacés par la température ressentie – pardon – la prononciation entendue : un schwa (/ə/ en alphabet phonétique).

Inkedschwa invisibles_LIschwa visibles

Ce qui est aussi fascinant avec le schwa, c’est… son étymologie (on ne se refait pas !). Son orthographe intrigue, elle ne fait pas DU TOUT anglaise ; allemande, à la limite… Mais en réalité le schwa vient de l’hébreu biblique !  Pour tout vous dire, sva signifie le rien, le vide, voire le tohu-bohu. Que cela sied bien à cette voyelle !

En quoi cette voyelle si discrète que son existence n’est pas divulguée est-elle si importante ? C’est parce que l’anglais est une langue accentuelle. On scande les mots selon des règles strictes : un mot n’a qu’une façon d’être accentuée et une seule, comme par exemple aMErica, KINGdom, &c. (pour une fois que la grammaire anglaise est carrée…) Or, le schwa est LA voyelle non-accentuée par excellence. Dans un mot, si on accentue une syllabe, il y a fort à parier que les autres syllabes, peu importe la voyelle, seront des schwa. Par exemple les deux « a » de America et le « dom » de kingdom sont tous trois des schwa. CQFD. De plus, lorsque les anglais (américains ET britanniques) parlent, ils ont tendance à manger les mots-outils (the, of, was, a), et tout ce petit monde devient une armée silencieuse et grise de petits schwas qui vous regardent par en-dessous… Schwa.Schwa (un peu comme dans mon dessin en haut de cet article, cliquez un peu dessus pour voir, allez, cliquez !)

Parole d’un élève de 5e : « Le schwa, il a le choix ! » (sic) En effet, le schwa fonctionne comme un pacman. Il peut engloutir a, e, i, o, u, y, pour prendre leur place, et BIM !, on ne prononce plus la voyelle écrite, mais un schwa à la place !


💬 Pour commenter, c’est facile, il suffit d’indiquer un pseudo et de valider ! Pas besoin de renseigner d’e-mail ou de site web (sauf si vous voulez être averti quand quelqu’un répond à votre commentaire, par exemple si vous me posez une question !).

source des textes : http://eolf.univ-fcomte.fr/wp-content/uploads/pronunciation/limericks/01_niger_sch.htm

Apple of my eyes : définition et étymologie

 Scandale et trahison ! J’ai trouvé la raison pour laquelle un anglais désigne la personne ou chose la plus précieuse à ses yeux par l’expression : the apple of my eyes.

Parce que nous, ben on est logiques, on dit qu’on y tient « comme à la prunelle de nos yeux ». Y a des prunelles dans les yeux. Et c’est drôlement pratique des prunelles. Mais que celui qui a déjà vu des Pink Lady dans les yeux de quiconque en parle maintenant, ou qu’il se taise à jamais !

La réponse à cette question, mes chers amis, a émergé des ténèbres du fait d’un phénomène appelé « sérendipité » (mot qui ne figure pas dans le dictionnaire, et dont je parle ici), grosso modo « par un énorme hasard ». Je lisais un article sur un mystérieux contributeur à l’équivalent anglais de « l’Encyclopédie Universelle des mots» , aka l’Oxford English Dictionary (XIXè s.), (ok, le hasard n’a pas eu à trop à se forcer, je musardais au bon endroit, aussi),

Ce contributeur a répondu avec zèle à un appel à citations lancé dans les journaux par l’OED, il s’appelait Dr Minor et était en son temps un chirurgien paranoïaque, halluciné, nymphomane, vénérien et meurtrier. Si, si, tout ça d’un coup. L’importance de sa contribution est ainsi expliqué dans l’article :

Pour le restant de l’année 1890, Minor envoya jusqu’à 20 citations par jour aux assistants d’édition d’Oxford. Ses suggestions avaient un taux d’acceptation ridiculement élevé ; si haut, en fait, que dans le premier volume de l’OED, James Murray, [l’instigateur du dictionnaire,] a ajouté une ligne de remerciements au « Dr. W. C. Minor, Crowthorne .» (traduit de l’anglais par moi)

Et donc, notre ami le Dr Minor a participé au dico qui recense 22 significations pour le simple mot apple, et qui traque toutes ses évolutions, divagations et circonvolutions à travers les siècles. Et c’est dans ce dictionnaire, qui plus est dans l’article parlant du Dr Minor, que se nichait la solution aux apples of the eyes, à savoir que ce charmant petit mot a désigné au IXème ss.,… la pupille !

PS : apple a aussi voulu dire « okay » en Nouvelle Zélande en 1943. Étonnant, non ?


💬 Pour commenter, c’est facile, il suffit d’indiquer un pseudo et de valider ! Pas besoin de renseigner d’e-mail ou de site web (sauf si vous voulez être averti quand quelqu’un répond à votre commentaire, par exemple si vous me posez une question !).

The apple of my eyes : origine, définition et étymologie d'une expression anglaise

The Apple of my eyes, littéralement !

image : Space crime by Konstantin Shalev, via Behance
Dernière mise à jour : 12/04/18