Leporello : le vrai nom du livre en accordéon (et son origine)

Ou comment un livre peut vous emmener loin dans les territoires mystérieux et surprenants de l’étymologie …

J’ai dans ma bibliothèque un livre pas comme les autres : il se déplie comme un accordéon ; sur une face il y a une histoire illustrée, et sur l’autre une collection de poèmes. Le livre accordéon, ou livre frise, possède un nom technique dont l’absence des dictionnaires est sidérante. Il ne figure ni dans le Larousse, ni dans le Trésor de la langue française informatisé, ni, et c’est le plus fort, dans le Dictionnaire encyclopédique du Livre ! Cet article est donc le fruit de recherches dans les ruelles sombres où bourgeonnent les sites férus d’édition, parfois en néerlandais, et occasionnant de macabres découvertes (vous verrez)…

Après cette introduction « privilège et mystère » à la Stéphane Bern, sortez vos hachoirs et rentrons dans le vif du sujet. Dans le dos des dictionnaires, donc, ce type de reliure s’appelle un leporello.

Le leporello, aux consonances italiennes, aurait-il été créé en Italie ? Que nenni. Le livre-accordéon nous vient d’Asie. On en fabriquait à partir de rouleaux trop abîmés par le temps pour être manipulés, afin de les maintenir en vie plus longtemps.
Cette technique est devenue à la mode en Europe à la fin du XVIIIème siècle, et c’est justement à cette période-là que Mozart a eu la bonne idée de diffuser sur grand écran le meilleur Blockbuster musical de l’époque : Don Giovanni.


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C’est un des personnages de cet opéra qui a donné le nom actuel du livre-accordéon. Le valet de Don Giovanni s’appelle en effet Leporello. Dans l’Acte I, Don Giovanni, après avoir traumatisé une jeune femme en se pointant chez elle au milieu de la nuit pour la choper, résultant en la mort accidentelle du père, tombe sur une de ses ex, qu’il fuit, laissant son valet s’en dépatouiller tout seul. Leporello montre alors à la malheureuse qu’elle n’est pas la seule conquête abandonnée comme une vieille chaussette par son maître, et pour le lui prouver, il lui montre le registre de toutes les maîtresses de Don Giovanni sous la forme d’une liste longue à l’excès, qui se déplie jusqu’au sol comme un accordéon. Et hop, la fille est encore plus énervée et le livre-frise rebaptisé à l’aide d’une antonomase (c’est quand on utilise un nom propre comme nom commun, exemple : l’harpagon conserve ses kleenex usagés dans le frigidaire pour pouvoir les réutiliser.)

Comme je le suggérais en introduction, au fil des pages internet, j’ai été témoin d’un exemple de « sérendipité » plutôt macabre (pour l’article sur l’étymologie et le sens de ce mot, cliquez ici.) Je suis tombée sur un article de blog sur les livres en cuir humain, dont le pic de production va de fin XVIIIème à fin XIXème… L’ironie ne s’arrête pas là. Savez-vous quel type de livres avaient le plus tendance à être fait ainsi ? Des livres de médecine, et plus précisément d’anatomie et… de dermatologie.


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Leporello, origine, explciation, étymologie

Ce livre est un leporello sans le savoir…

sources :
https://bibliophilie.blogspot.com/2007/06/les-reliures-en-peau-brrr-humaine.html
http://www.vanbroektotboek.nl/?page_id=208 (en néerlandais !)

images : https://www.editionsapeiron.com/catalogue/histoire-de-loiseau-qui-avait-perdu-sa-chanson/

La définition et l’étymologie de filigrane, de l’Italie à l’orfèvrerie

Aujourd’hui, je reprends un cousin de mes fils rouges préférés « Les mots des métiers du livre » : la papeterie. Êtes-vous familier avec ce petit mot qui sait se faire si discret :le filigrane ?

On le connaît sous son dernier travestissement : une élégante empreinte dans du papier à lettre, que l’on ne distingue qu’en mettant ledit papier à contre-jour (il faut ouvrir les yeux, aussi).   Figurez-vous que notre ami le filigrane a subi une reconversion professionnelle, puisqu’il provient de l’orfèvrerie (dingue, hein ?).

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Origine des sens de cordons bleus (et leurs jarretières)

En ces périodes de fêtes qui approchent à grands pas, une question passe sur toutes les lèvres : mais d’où vient donc le nom « cordon bleu » ? (mais si, mais si, toi aussi tu te la posais). Eh bien c’est super marrant. Je parlais de ces mots qui se font déformer le sens à grands coups de rouleau à pâtisserie dans la tronche, et les cordons bleus en sont un bel exemple !

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L’étymologie de sky confirme qu’il fait toujours gris en Angleterre

L’anglais est composé à 30% de mots venant du français (ils n’ont pas été déçu de la petite visite de Guillaume le Conquérant en 1066). Mais  pour sa part, le mot anglais pour « ciel », sky, vient du viking.

Et il voulait dire « nuage ».

En bref, quand les premiers vikings sont arrivés en Angleterre, ils se sont sûrement mis à pointer le ciel en disant « Quel temps de merde par ici, mate-moi cette couverture nuageuse. » Et les anglais de penser que sky signifie ciel. Sauf que non. Mais ils ont adopté le mot quand même. Damn.

Conclusion : sky est une métonymie, un élément du ciel (le nuage) a fini par désigner le ciel tout entier.

Le mot sky ne signifiait pas ciel à l’origine. Photo de Dominik Schroder sur Unsplash.

Sources

https://www.etymonline.com/word/sky