L’abricot, un mot qui a eu chaud

Avec le soleil et la pluie qui se succèdent au-dehors, les primevères dans les parterres et les petits oiseaux qui chantent, il est à nouveau temps de parler printemps, car le soleil est revenu.

Soleil qui va faire pousser les céréales, les légumes et les fruits de saison. Dont les abricots. Et ces derniers ont une étymologie très intéressante !

Figurez-vous que chez les romains, le mûrissement était considéré comme une cuisson faite par le soleil ! Une théorie croustillante, n’est-ce pas ?

« Faire cuire » se disait coquere, et quand un fruit mûrissait plus vite que les autres, on le disait praecox. Ce qui a donné « précoce » en français ! La grande question, c’est : est-ce que les Romains considéraient les coups de soleil comme le signe d’une cuisson trop rapide ?

Eh Caïus, vous n’auriez pas mis le thermostat un peu fort pour vos oreilles, par Jupiter ? ❞

— Reconstitution fictive, IVe s.

Bon, restons sérieux, la vrai question c’est…

Quel rapport entre un coup de soleil et un abricot ?

Sortez vos tablettes de cire et vos stylets, nous allons être en retard au cours suivant, « Les abricots à l’époque Romaine pour les nuls ». Vous en sortirez experts sur l’abricot à travers les siècles, l’évolution de son nom et surtout.

Les origines de l'abricot : faits étonnants sur l'étymologie et la langue française

L’origine du mot « abricot » a en réserve quelques faits étonnants sur la langue française. Jennifer Pallian

Parmi les abricots que les Romains faisaient pousser, il en existait une sorte qui mûrissait plus vite que les autres. Cela lui avait valu le petit nom de praecoquus, « le précoce ». Un nom pas si facile à assumer, quand on y pense… Les Romains avaient le surnom facile, il faut dire, Cicéron et sa tête de pois chiche immortalisés pour l’éternité peuvent en témoigner.

Et c’est là que les Arabes entrèrent dans la valse mondiale des abricots. Ils tentèrent d’emprunter le nom romain pour les abricots précoces, mais 1) ils le prononçaient barqouq (al barqouq avec l’article), et 2) ils l’utilisaient pour désigner tous les abricots sans distinction. C’était parti, le mot praecoquus allait faire le tour du monde et devenir méconnaissable.

Première escale : l’Espagne !

Les Arabes conquirent l’Espagne au VIIIe. s., et apportèrent dans leurs valises des abricotiers. Les Espagnols essayèrent à leur tour de comprendre le nom de ces fruits oranges et sucrés… ce qui donna albaricoque.

Deuxième escale : la France !

Au XVIe. s., ce fut aux Français de découvrir les joies de la prononciation de ce mot voyageur, et de lui donner la forme francisée que nous lui connaissons : « abricot ».
Et pour finir, voici le clou du spectacle avec cette dernière révélation : les abricots venaient à l’origine de… Chine ! L’abricot, fruit international par excellence.

L’essentiel en quelques points :
•   « précoce » vient de de praecox en latin : « cuit/ mûr en avance » ;
•   « abricot » vient du latin praecoquus, « celui qui est précoce », parce que les abricots mûrissaient plus vite que le reste.

🔎 Pour cet article, j’ai passé au peigne fin…
Les Étymologies surprises, René Garrus, Belin, 2009
http://www.cnrtl.fr/definition/abricot


💬 Pour commenter, c’est facile, il suffit de cliquer ci-dessous sur « laisser un message ». Ensuite, il n’y a plus qu’à indiquer un pseudo et à valider !

Publicités

L’étymologie pulpeuse du « pamplemousse »

Quand on voit le mot « pamplemousse », on aurait tendance à croire qu’il ne fait pas partie de ceux qui ont été construits de façon réfléchie et intellectuelle, mais plutôt que c’est un joyeux babillage insignifiant. Parce que les pamplemousses font partie de ces choses joyeuses et insignifiantes, comparées à — disons — un mot comme « géométrie ».

Il se trouve que la classe des agrumes est un exceptionnel concentré de mots construits avec réflexion et intellect. En somme, c’est une sorte de gang du snobisme étymologique, le genre à hausser un sourcil et à exhaler un nuage de fumée de cigare quand il voit passer des énergumènes comme « cacatoès » (imitatif), « bonbon » (dédoublement) et « ouistiti » (imitatif). Oui, car l’orange vient du Perse, oui madame. La clémentine, elle, vient du nom de son créateur. Et leur classe commune — les hespérides — du onzième travail d’Hercule. Autant dire qu’elles ne sont pas n’importe qui, vous voyez.

Le pamplemousse, comme ses cousins sus-cités, a une étymologie que l’on peut remonter jusqu’au bout, mais elle est plus rigolote que les autres, vous allez voir.

Le mot « pamplemousse » a été emprunté tel quel au néerlandais. Et il se trouve que les premiers néerlandais à voir un pamplemousse en vrai ont trouvé qu’il ressemblait beaucoup à un truc qu’ils connaissaient déjà : un citron.

En effet, le néerlandais pompelmoes (qui était un nom féminin, comme pour ceux qui le font pousser, d’ailleurs) est composé de pompel qui signifie « gros » et de limoes, le « citron ».

Le mot pamplemousse a des origines amusantes.

Le mot pamplemousse a des origines amusantes. Christine Trant

Et si on monte encore d’un niveau, limoes est un emprunt du français, « limon », qui est lui-même un mot emprunté à l’arabo-perse limun. C’est digne d’une tournée de calumet de la paix.

Une question existentielle nous taraude : qui, des anglais ou des français, a inventé la « limonade » ? Figurez-vous que ce sont les français ! A partir de « limon » et du suffixe –ade, comme dans « orangeade », « citronnade », « pommade »… ah non, là c’est autre chose (dommage, ça aurait été une traduction sympathique pour la limonade à la pomme allemande au nom imprononçable : Apfelsaftschorle). La limonade était utilisée dès le XVIIe siècle par les médecins comme un remède qui active la digestion, de la même manière que l’étaient les tisanes, ou le Coca, avant qu’il ne devienne célèbre.

Nous avons pompel d’un côté, limoes de l’autre… Le pamplemousse s’appelle donc littéralement « GROS CITRON » (rose, hein), citrus maxima pour les latinistes et les amateurs d’Harry Potter. On reste dans le descriptif, la simplicité et l’évidence, à l’instar de la grenouille et de pineapple.

L’essentiel en quelques points :
•   « pamplemousse » vient du néerlandais pompelmoes, littéralement « gros (pompel) citron (limoes) »
  •   limoes vient de « limon » en français, qui est un mot emprunté à l’arabo-perse limun et a donné limonade, anglicisé en lemonade en anglais


💬 Pour commenter, c’est facile, il suffit de cliquer ci-dessous sur « laisser un message ». Ensuite, il n’y a plus qu’à indiquer un pseudo et à valider !

Source image : Grapefruit de Matthew Kirkland  /

https://www.flickr.com/photos/simpologist/120804906/

🔎 Pour cet article, j’ai passé au peigne fin tout ça :

http://www.cnrtl.fr/definition/pamplemousse

https://www.littre.org/definition/pamplemousse

« Albus Dumbledore », un nom érudit et magique

                Quand on s’appelle Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore, il y a forcément un tas de choses à dire sur votre nom. Surtout quand votre créatrice est minutieuse, malicieuse, et J.K Rowling soi-même. Elle disait d’ailleurs à ce propos :

Je collectionne les noms inhabituels. J’en ai des carnets entiers. Il y en a que j’invente […] Et jusqu’ici, j’ai récolté des noms de saints, de lieux, sur des mémoriaux de guerre, des tombes. Bref, je les collectionne… je m’intéresse tellement aux noms. ❞

« I collect unusual names. I have notebooks full of them. Some of the names I made up […]And so far I have got names from saints, place-names, war memorials, gravestones. I just collect them — I am so interested in names. »

— J.K Rowling lors d’une interview en ligne organisée par Barnes and Noble, le 19 mars 1999 (traduction par moi)

            Aujourd’hui, je vous propose de faire de l’onomastique — l’étude des noms propres — non plus en théorie, comme pour Bellatrix Lestrange ou Fumseck, mais sur le terrain. Nous allons explorer ce nom dans l’habitat naturel de son propriétaire. Direction le bureau du directeur de Poudlard !

                    Comme cet article est plus long qu’à l’accoutumée (cinq noms !), voici un sommaire pour vous repérer et aller directement à la partie qui vous intéresse :

SOMMAIRE

Brian & Percival
Dumbledore
Bonus : Hagrid
Albus & Rubeus
Wulfric

Et pour les plus pressés :
L’essentiel en quelques points


Brian & Percival

             Un « sorbet citron » et une volée de marches s’élevant selon une trajectoire hélicoïdale plus tard et nous nous trouvons sur les lieux. Les étagères sont remplies d’une kyrielle d’ouvrages et d’objets mystérieux. Le silence studieux et intimidant qui règne ici est ponctué du ronronnement d’un feu de cheminée, des ronflements des anciens directeurs et directrices assoupis dans leurs tableaux respectifs, et du cliquetis de pattes de phénix sur un perchoir en cuivre. Dumbledore s’est absenté pour quelques heures, profitons-en pour aller y regarder de plus près…

            Tout d’abord, inspectons son bureau. On y trouve une pile de papiers, un encrier argenté et une magnifique plume rouge qui répond toute seule à une farandole d’invitations à des congrès de sorcellerie, et autant de délibérations au Ministère de la Magie. Plus intéressant encore : une chocogrenouille en édition limitée spéciale Saint-Patrick parfum Guinness. Dumbledore aime les sucreries, c’est bien la preuve. Et cette édition limitée est l’occasion rêvée de parler de son quatrième et dernier prénom, Brian. Brian est le prénom d’un des Chevaliers de la Table Ronde dans la légende du Roi Arthur. D’ailleurs, son deuxième prénom, Percival, est aussi celui d’un des Chevaliers ! Mais au lieu de chercher le Saint Graal, Dumbledore cherchait sept horcruxes.

Brian et Percival donnent à son nom une forte consonance britannique, et la noblesse légendaire qui sied à un roi arthurien. Dumbledore devient un roi.

Revenir au sommaire

Dumbledore

La chocogrenouille a déjà été mangée, il ne reste que la Carte des Sorciers Célèbres. Oh, c’est justement une carte avec Dumbledore dessus ! Première rencontre d’Harry avec son futur directeur d’école dans le Poudlard Express, l’une des premières choses qu’il a apprises sur ce grand homme est qu’il aime la musique de chambre. Ce détail, anodin en apparence, ne l’est pas. Comme d’habitude. Dumbledore n’est pas un patronyme en anglais, c’est un ancien nom pour désigner un « bourdon », et ce nom donne un nouvel indice sur sa personnalité parce que, comme le dit J.K. Rowling :

une de ses passions est la musique, et je l’imagine chantonner pour lui-même tout en marchant. ❞

« one of his passions is music and I imagined him walking around humming to himself. »

— J.K Rowling lors d’une interview en ligne organisée par Barnes and Noble, le 19 mars 1999 (traduction par moi)

                Celles et ceux qui ont lu Harry Potter à l’école des sorciers ont pu en observer la preuve au moment de l’hymne de Poudlard. Dumbledore devient chef de chœur et se sert de sa baguette pour diriger la foule des élèves. Sa consigne : que tout le monde le chante sur un air différent, ce qui permet d’intégrer tous les élèves, même les nés-moldus qui ne connaissent pas les chansons traditionnelles chez les sorciers. L’élément comique et provocateur est que les jumeaux Weasley finissent les derniers car ils ont choisi l’air d’une marche funèbre.
Mais ce n’est pas tout ! Le mot dumbledore est employé dans un roman du XIXe s.. Le fait est intéressant en soi , car dumbledore a été remplacé par bumblebee au XIIe s. (bien longtemps avant, donc), mais le plus étonnant, c’est qu’il est accompagné par un étonnant compagnon. Le narrateur raconte qu’une femme, Elizabeth, ne dit pas dumbledore, mais bumblebee, ni qu’elle a eu des cauchemars, mais qu’elle a souffert d’indigestion.

she no longer spoke of “dumbledores” but of “bumble bees”;[…] that when she had not slept she did not quaintly tell the servants next morning that she had been “hag-rid,” but that she had “suffered from indigestion.”

The Mayor Of Casterbridge de Thomas Hardy (publié en 1886)

Surprise ! On peut supposer qu’à la lecture du livre J.K. Rowling avait relevé ces mots rares et originaux dans l’un de ses carnets, et que Dumbledore n’est pas venu seul, il était déjà accompagné par Hagrid. L’auteur utilise le participe passé hag-rid qui signifie « tourmenté par des cauchemars ». Littéralement, le rêveur malheureux est tourmenté (ridden) par une vieille sorcière (hag). On retrouve cette même image dans les mots cauchemar et nightmare dont je parlais dans un précédent article.

↑ Revenir au sommaire

Bonus : Hagrid

Dans un autre roman de Thomas Hardy novel, The Return of the Native, se trouve un prénom qui servira de nom de famille dans un autre tome d’Harry Potter : Diggory. Ce genre de clins d’œil à d’autres œuvres littéraires s’appelle l’intertextualité.

Par son nom, Dumbledore n’est plus seulement un roi (Brian), c’est aussi un bourdon. Il est amusant comme un nom rigolo et désuet d’insecte, il prend sa caractéristique de zonzonner toute la journée.

Il se retrouve également lié à Hagrid par l’entremise d’une certaine Elizabeth, et J.K. Rowling à Thomas Hardy.

↑ Revenir au sommaire

Albus & Rubeus

            Nous avons tiré de ce bureau tout ce qu’il y avait à en tirer, intéressons-nous au reste. Étape suivante : les étagères ! Derrière le bureau se trouvent les étagères les plus intéressantes. Là, sont rangées le Choixpeau magique et l’épée de Godric Gryffondor. Mais aussi nombre d’objets aux usages obscurs, d’alambics et de fioles qui servent à l’alchimie.

101c48f1d56d658d73d214c57c383b7d

Dumbledore a des noms pleins de secrets. Lara Cremon

L’alchimie est au cœur du nom de Dumbledore, et pas seulement du sien. Albus, comme beaucoup d’entre vous le sauront déjà, signifie « blanc » en latin. Et Rubeus, le prénom d’Hagrid dont nous parlions justement plus haut, désignait pour sa part le « rouge ». Or, le rouge et le blanc sont des couleurs importantes en alchimie. Les manuscrits d’alchimie sont des rébus géants et les couleurs symbolisant les étapes du processus alchimique. Le rouge, par exemple, signifiait la réussite du Grand Œuvre : la création de la pierre philosophale. Il n’est pas étonnant qu’Albus et Rubeus aient des prénoms alchimiques, étant donné l’importance de l’alchimie et de la pierre philosophale dans le premier livre d’Harry Potter ! J.K. Rowling donne même de plus amples détails sur son choix :

En ce qui concerne mes deux personnages, je les ai appelés par des couleurs alchimiques pour transmettre leurs natures opposées mais complémentaires : le rouge pour la passion (ou l’émotion) ; le blanc pour l’ascétisme ; Hagrid étant l’homme terre-à-terre, chaleureux et caractérisé par sa force physique ; Dumbledore étant le théoricien spirituel, brillant, idéalisé et quelque peu détaché. Chacun d’eux est un contrepoint nécessaire à l’autre comme Harry cherche des figures paternelles dans son nouveau monde.

« Where my two characters were concerned, I named them for the alchemical colours to convey their opposing but complementary natures: red meaning passion (or emotion); white for asceticism; Hagrid being the earthy, warm and physical man, lord of the forest; Dumbledore the spiritual theoretician, brilliant, idealised and somewhat detached. Each is a necessary counterpoint to the other as Harry seeks father figures in his new world. »

— J.K. Rowling pour www.pottermore.com (traduction par moi)

Avec son prénom, Dumbledore est un roi, un bourdon, mais aussi le blanc, celui qui est innocent, intellectuel, excellent. Et au Yin de Dumbledore, Hagrid est son Yang, tourmenté par les cauchemars (peut-être de son renvoi de Poudlard à cause de Jedusor ?), et Rubeus, rouge de honte quand il a encore parlé trop vite, quand il s’énerve ou qu’il tire un gigantesque sapin derrière lui. Il est aussi la réussite du sauvetage d’Harry sur sa moto triomphante arrivant à Privet Drive en pleine nuit. D’ailleurs, c’est également lui qui va chercher la pierre philosophale à Gringotts pour la mettre en sécurité à Poudlard.

↑ Revenir au sommaire

Wulfric

                   Nous en avons fini avec les  étagères, il est temps d’étudier plus avant la pensine. Imaginez, vous pouvez pêcher n’importe quel souvenir du directeur du bout de votre baguette. Éclairer toutes les zones d’ombre du personnage, écarter tous les rideaux dissimulant des secrets, secouer toute la poussière cachée honteusement sous les tapis. Certes, ce serait trahir le Manitou suprême de la Confédération internationale des mages et sorciers décoré de l’Ordre de Merlin, première classe, et du titre d’Enchanteur-en-chef, mais c’est pour la cause pure et désintéressée de l’onomastique ! Versez le contenu d’un des flacons où se tortillent « 150 ans, plus ou moins quelques années, » de souvenirs luminescents et blanchâtres, et nous allons voir ce qu’elle a à nous révéler… Dumbledore, terrorisé par un épouvantard ! C’est le cadavre de sa sœur. Il n’arrive pas à le combattre, lui aussi est hag-rid… Pourquoi cette vision ? Attention, car à partir de maintenant, nous nous hasardons dans les territoires brumeux de l’hypothèse tirée par les cheveux.
Le prénom Wulfric est très rare. Il pourrait n’ajouter qu’une consonance saxonne et rare au chapelet de prénoms de Dumbledore, mais le seul Wulfric célèbre a une étonnante coïncidence dans sa biographie. Saint Wulfric est un saint anglais qui aimait Dieu, mais surtout la chasse, au final. Il discute par hasard avec un mendiant qui le convainc de se recentrer sur des occupations plus pieuses et de s’attacher à son devoir religieux. La vie de ce saint repentant n’aurait pas été étrangère à Dumbledore car sa vie à lui aussi a été marquée par deux moments de profond regret et de repentance : avoir laissé tuer sa sœur (d’où l’épouvantard !), et après qu’il s’est rendu compte que Grindelwald allait trop loin.

              En conclusion, J.K Rowling parvient à faire passer nombre d’indication sur le caractère de son personnage juste à travers son nom : notre directeur d’école est en fait un palimpseste de rois légendaires, de bourdon, de saint repentant et de symbole alchimique…

L’essentiel en quelques points :

 Albus Dumbledore
•    Brian et Percival sont des Chevaliers de la Table Ronde.
•    dumbledore est un ancien nom pour le bourdon
•    albus veut dire « blanc » en latin, couleur de l’innocence et de l’ascétisme.
•    Wulfric était un saint anglais qui s’est repenti de s’être trop longtemps détourné de ses devoirs religieux.

Rubeus Hagrid
•    hag-rid signifie « tourmenté de cauchemars »
•    rubeus signifie « rouge » en latin, et est la couleur de l’émotivité et de la réussite de la création de la pierre philosophale en alchimie

Cet article vous a plu ? Vous pouvez partir à la recherche d’autres mots qui vous intriguent dans l’index alphabétique à votre droite, ou dans le menu (les personnages d’Harry Potter sont signalés par un émoji éclair ) ou explorer la toute nouvelle rubrique des enquêtes privées !

💬 Pour commenter, c’est facile, il suffit de cliquer ci-dessous sur « laisser un message ». Ensuite, il n’y a plus qu’à indiquer un pseudo et à valider !

🔎 Pour cet article, j’ai passé au peigne fin tout ça :

« Les langages de J.K. Rowling » par Carole Mulliez, Thèse de doctorat en Lettres, 2008
Rowling, J. K. (19 March 1999). « Barnes and Noble interview, 19 March 1999 ». AccioQuote!. Archived from the original on 28 February 2007. Retrieved 28 February 2007.
« WBUR radio interview 12 October 1999 ». Accio-quote.org. 12 October 1999. Retrieved 27 November 2011.
https://www.pottermore.com/writing-by-jk-rowling/colours
https://www.pottermore.com/book-extract-long/entering-dumbledores-office
https://en.wikipedia.org/wiki/Wulfric_of_Haselbury
https://en.wikipedia.org/wiki/Brian_(mythology)
https://www.hp-lexicon.org/place/hogwarts-school-of-witchcraft-and-wizardry/hogwarts-seventh-floor/heads-office/
https://en.wikipedia.org/wiki/Alchemy
https://www.encyclopedie-hp.org/monde-magique/sorciers/albus-perceval-wulfric-brian-dumbledore/
Harry Potter à l’école des sorciers, J.K. Rowling, chapitre 6 (chocogrenouille)
Harry Potter à l’école des sorciers, J.K. Rowling, chapitre 7, p. 95 (hymne de Poudlard)

Les drôles d’origines du mot « loustic »

Un loustic est une personne drôle ou étrange, son étymologie est à son image. La preuve, pour cette enquête nous allons répondre à la question suivante : Quel est le rapport entre un dictionnaire portatif, un régiment suisse-allemand et un pitre ? Un sacré loustic, non ?

Le mot « loustic » vient de l’allemand lustig (joyeux, drôle). Il est ensuite passé par la Suisse allemande où les soldats l’utilisaient pour désigner le bouffon d’un régiment suisse qui était au service de la France avant la Révolution. Ce bouffon en particulier a dû laisser un souvenir impérissable à ceux qui l’ont vu exercer, parce que le mot pour le désigner a fini sa course dans le dictionnaire français, dites-donc.
Comment « loustic » est-il arrivé en France ? Souvent on ne sait pas trop, comme pour la tartiflette, mais là, on sait !
Tout d’abord, avez-vous déjà vu le mot « épistolier » ? Ce n’est pas un fabriquant de collier à partir de pistolets, mais une sorte de tampon littéraire qu’on attribue à un auteur, qu’il soit dramaturge, romancier, etc., dont la correspondance épistolaire est en elle-même un chef-d’œuvre littéraire. Un exemple : Voltaire. La classe intersidérale, non ?  Eh bien, figurez-vous que sa présence dans le dictionnaire français est due à ce cher Voltaire. Il en parle une première fois avant 1750 dans un opuscule, Sottise des deux parts que j’ai mis mille ans à trouver, parce que le Littré indique qu’il figurait dans le Dictionnaire philosophique de Voltaire, mais c’était une erreur de classement et il a été rangé ailleurs, mais j’ai quand même fini par mettre la main dessus, et il y a bien « loustic » dedans, au sens d’amuseur de service dans une  confrérie religieuse, les jansénistes. Ouf —le suspense était insoutenable et vous n’en pouviez plus, je sais bien.

Ce looping de rangement me donne le prétexte parfait pour parler un peu du livre peu commun qu’était le Dictionnaire philosophique. Les 20 dernières années de sa vie, Voltaire s’est retiré au château de Ferney, à la frontière suisse, ce qui nous indique qu’il était assez près pour entendre le mot « loustic » en tendant l’oreille.
Je vous parlais de dictionnaire portatif en huit volumes dans mon article L’étymologie sidérante de « galaxie ». Eh bien figurez-vous que celui de Voltaire porte justement le sous-titre de « dictionnaire portatif » ! (Ma demande a été entendue !) Au vu de sa volubile correspondance, nous poussons tous en cœur un soupir de soulagement : il n’y aura peut-être que 5 tomes à trimballer…
Voltaire a fait de gros efforts de concision, mais quoiqu’en un tome et en petit format, ce petit livre eut à sa sortie l’effet d’une flammèche dans une salle de munition. Le livre fut condamné à être brûlé lors d’autodafés en Suisse et en Belgique, puis fut mis à l’Index en France. Et cela ne s’arrêta pas là : à force de punir les livres et de ne voir aucune amélioration, la justice se décida à condamner le propriétaire d’un des exemplaires. C’est ainsi que le chevalier de la Barre, âgé de vingt ans, se retrouva torturé puis décapité pour chansons impies et lectures du dico anticlérical de Voltaire. L’affaire traumatisa tout le monde et la justice renonça à poursuivre de potentiels complices.
Ce dictionnaire portatif dégage une odeur distinctive de carbonisation et d’hémoglobine, donc. Et le pire, c’est que Voltaire, qui aimait taquiner ses adversaires, compléta son dictionnaire portatif de tant d’articles anticléricaux que l’ouvrage s’allongea d’un tome supplémentaire aux éditions Oxford…

Mais Voltaire est allé beaucoup plus loin que simplement importer un mot suisse allemand dans un essai… Tout à l’heure, je vous parlais de la correspondance prolixe de ce brave homme, eh bien il est l’heure de s’y plonger.
Direction sa lettre n°3885 du 11 juillet 1759. Nous sommes d’accord qu’un chef-d’œuvre littéraire sur trois mille huit cent quatre-vingt-cinq feuilles volantes, c’est un chef-d’œuvre en kit suédois… Et il ne s’est pas arrêté ce 11 juillet en se disant « oh la la, je suis trop bavard, Garnier va en baver pour éditer tout ça » (dix-huit volumes au total, on peut dire qu’il en a bavé…).
Par un 11 juillet, entre deux pauses jardinage et bricolage, Voltaire écrit à un ami qu’il a bien transmis une lettre que lui avait confiée cet ami pour qu’il la donne à un certain M. Desmal. J’ai pris la puce à l’oreille quand Voltaire dit que ce M. Desmal aime faire de la maçonnerie, du jardinage et labourer. Ce sont les passe-temps préférés de Voltaire ?! Coïncidence ? Absolument pas !

« […] ce M. Desmal est si gâté par ses voyages, et pense quelquefois d’une manière si hardie, que son frère le capitaine, tout lustig qu’il est du régiment, n’oserait pas faire imprimer ses rêveries à Zastrow, Il craint si terriblement de déplaire à la Sorbonne qu’il s’est fait maçon, laboureur et jardinier […] »

Après moult recherches, j’ai découvert que Voltaire a utilisé le pseudonyme de M. Desmal pour son livre philosophique intitulé Candide. C’est tout un bazar, alors en bref : Candide était un texte risqué, et Voltaire voulait l’éditer sous l’anonymat. De cette façon, la justice n’avait aucun moyen de les passer au barbecue, son livre et lui. Son style inimitable l’a trahi assez rapidement, et il s’est empressé de démentir, disant que ce bouquin, c’était un ramassis de « coïonneries ». Comme un narrateur implicite a laissé traîner un « je crois » dès la première page, Voltaire fabule que l’auteur est un certain Ralph, un anglais, puis il y ajoute un patronyme : Desmal, il se reprendra ensuite en disant que c’était en fait le frère de Ralph — le capitaine, […] lustig […] du régiment — qui était l’auteur, pour enfin jeter tout le sceau de poudre de perlimpinpin aux yeux de ses détracteurs en se ravisant une dernière fois : c’est un ami du capitaine, le frère de Ralph, qui aurait en réalité aidé ce capitaine à écrire Candide, et le capitaine lui aurait donné la paternité du livre en remerciements…

Voltaire a ainsi brodé l’employer dans une fable impossible qu’il utilisait jusque dans ses lettres pour semer ses détracteurs. Tout ça pour pouvoir frimer en utilisant « loustic » à propos du frère imaginaire de ce M. Desmal qui était en fait le pseudonyme de Voltaire.

L’essentiel en quelques points :

  • « loustic » vient de lustig (amusant, joyeux) en allemand, via l’armée suisse allemande et Voltaire

Cet article vous a plu ? Vous pouvez partir à la recherche d’autres mots qui vous intriguent dans l’index alphabétique ou explorer la nouvelle rubrique des enquêtes privées.

Voltaire, détail du visage (château de Ferney)

D’après_Maurice_Quentin_de_La_Tour,_Portrait_de_Voltaire,_détail_du_visage (château de Ferney)

💬 Pour commenter, c’est facile, il suffit de cliquer ci-dessous sur « laisser un message ». Ensuite, il n’y a plus qu’à indiquer un pseudo et valider !

🔎 Pour cet article, j’ai passé au peigne fin tout ça :

Étymologie de « loustic »

http://www.cnrtl.fr/etymologie/loustic

Compte Instagram de @lecmn :

https://www.instagram.com/lecmn/?hl=fr

Texte original Sottise des deux parts :

https://fr.wikisource.org/wiki/Sottise_des_deux_parts/%C3%89dition_Garnier

Texte original Dictionnaire philosophique :

http://www.lechasseurabstrait.com/revue/IMG/pdf/Voltaire_-_Dictionnaire_philosophique.pdf

Lettre du 11 juillet 1759 :

https://fr.wikisource.org/wiki/Correspondance_de_Voltaire/1759/Lettre_3885

Sur les traces de M. Desmal :

Micromégas – Zadig – Candide, Mémoires, avril-juillet 1710, Introduction, notes, bibliographie, chronologie par René Pomeau. Flammarion, 2006.

L’étymologie sidérante de « galaxie »

L’autre jour, j’ai découvert un mot que je ne connaissais pas en me cherchant une nouvelle tisane. Le rayon était immense et mon hésitation absolue, au bout d’un moment, j’avais mes trois potentiels champions dans la main, et là, je regarde la liste des effets bénéfiques (à la croire chaque tisane, c’est de la potion magique). Sur l’une d’elle, on trouve le mystérieux, l’intimidant… « galactogène ». Hop, je dégaine mon dictionnaire en huit tomes portatif, et je vois « aliment qui stimule la lactation ». J’ai donc pensé que cette tisane ne me concernait pas. Vous aussi, vous pensez qu’elle ne vous concerne pas ? Détrompez-vous ! Car aujourd’hui, nous partons à la recherche du rapport entre une tisane anis, basilic, fenouil, et la station spatiale internationale.

Parce que quand on lit « galactogène », on se dit qu’il n’y a pas cent-mille mots qui commencent en gala-. D’après mes statistiques anticipatrices personnelles, 99.99% d’entre vous auront pensé à « galaxie », les 0.01% restant s’étant relevé d’un coup dans leur fauteuil en s’exclamant « galactogène… comme la pomme Royal Gala ?! ». Prévisible…

Il faut savoir que tout ça, c’est de la faute d’Héraclès. On avait déjà parlé de son impact négatif sur la dénomination de la classe des oranges, pamplemousses et autres hespérides, et Héraclès revient, cette fois-ci pour mettre le bazar dans la stratosphère (comme vous le voyez, son ambition n’a pas de limite). À une époque où le ciel n’arborait pas la caractéristique traînée d’étoiles communément appelée « Voie Lactée », Zeus séduisit Alcmène, la femme d’Amphitryon. Pour ce faire, il se fit simplement le sosie d’Amphitryon (trop facile quand on a suivi le cours « Métamorphose pour les nuls »…). D’ailleurs, « sosie » vient du nom de l’esclave d’Amphitryon, Sosie, duquel Hermès avait pris les traits pour filer un coup de main à son divin père (minute figure rhétorique : quand un nom propre se transforme en nom commun, on dit que c’est une antonomase). Que s’est-il passé, me direz-vous, pour que ce soit la performance en métamorphose d’Hermès qui soit retenue, et non celle de Zeus ? Figurez-vous qu’Amphitryon est devenu le terme pour désigner celui qui invite au restaurant, ou chez lui, ses amis à dîner (encore une antonomase !). Ce qu’on aura retenu de lui, c’est qu’il aura, une fois dans sa vie, été sans le savoir la plus mémorable des bonnes poires (non, je rigole, c’est en référence à un copieux repas qu’il offre, dans la pièce de Molière, aux officiers de son armée).

Amphitryon n’avait jamais eu l’occasion de poser la main sur Alcmène, qui avait posé une condition simple et facile : qu’il venge ses huit frères de leur mort injuste (facile, je vous l’avais bien dit). Quand il rentra un jour plus tôt que la date prévue en lui annonçant qu’il avait réussi à venger ses frères, Alcmène ne remarqua pas les petits éclairs qui lui sortaient des narines, et la situation pris un tour imprévu (hrm, hrm). De fait, Alcmène passa une nuit de trente-six heures (oui, oui) en compagnie de Zeus, sous les traits de son mari. Au matin, elle se demanda ce qu’il avait bu quand elle le trouva dans la cuisine, suant et surexcité, à lui dire qu’il avait réussi à la venger comme si c’était une nouveauté, et à lui raconter une seconde fois tous ses exploits par le menu (d’accord, le nom de son mari veut dire « fatigant », mais il y a des limites…). Neuf mois plus tard, Amphitryon se retrouvait papa d’un enfant à la procréation duquel il n’avait pas eu l’occasion de participer. Toute cette histoire donna bien du fil à retordre à leur thérapeute conjugale. Du côté de l’Olympe, ce ne fut pas glorieux non plus, Héra renifla à deux kilomètres l’odeur d’Alcmène sur le maillot de corps 100% coton de Zeus et promis de retrouver cet enfant avant de le réduire en bâtonnets de mikado.

Après quelques rebondissements, l’enfant — qui s’appelait Alcide à ce moment-là de l’histoire — se retrouva à téter le sein de son ennemie jurée, Héra, qui avait quand même déjà tenté de le faire tuer par un serpent dans son berceau, sans anticiper la force prodigieuse et précoce d’Alcide. La force de ses mâchoires n’avaient rien à envier à celle de ses mains, et Héra se fit réveiller par une sensation de succion  digne d’un aspirateur HE2528XO Air Force Extrême (« HE » du nom d’Héphaïstos, égérie de la marque, qui l’utilise pour aspirer le sol de sa forge divine). Héra tira de toutes ses forces sur la sangsue en langes, agrippée à sa poitrine, qui se détacha dans un grand « SMACK ! » capable de réveiller tout l’Olympe. De rage, elle le jeta loin d’elle, et une giclée de son lait divin zébra le ciel sur 100 000 000 kilomètres. Eh voilà, la Voie Lactée est née dans la simplicité et la discrétion. Au passage, les Thébains — charmants habitants de Thèbes — disent que c’est ce jour où Héra est devenue sa mère nourricière sans le vouloir, qu’Alcide a été rebaptisé Héraclès, et que c’est son lait divin qui a fait de lui la « gloire (clès) d’Héra ». J’en connais une qui n’a pas dû apprécier le changement de prénom… et un qui l’a senti passer.

Mais, me direz-vous, quel est le rapport avec cette tisane au fenouil ? Le mot « galaxie » vient tout droit du grec galaxias (γ α λ α ξ ι ́ α ς) : la Voie Lactée, et dans le cas de notre Galaxie, la première, c’est donc un synonyme dans le nom comme dans la définition de la Voie Lactée ! Il y a donc bien un rapport avec « galactogène », qui lui vient de gala, « lait », et gennan, « engendrer ». Au vu de ce mythe, on peut dire qu’Héraclès a un sacré effet galactogène. En conclusion : pas d’Héra, pas d’Héraclès ; pas d’Héraclès, pas de galaxie ; pas de galaxie, pas de tisane, CQFD.

Comme je suis un Détective des Mots qui aime les jeux de mots intersidéraux, quand je parlais de l’étymologie « sidérante » du mot galaxie, sachez que « sidérer » vient de sidera, « étoile » en latin (comme dans « sidéral » !). Parce que quand on est sidéré, c’est un peu comme si on s’était pris une étoile en pleine tête, non ?

L’essentiel en quelques points :

  • « galactogène » et « galaxie » viennent tous deux du grec gala, « le lait »
  • « galaxie » veut dire Voie Lactée en grec (à saisir : deux mots pour le prix d’un !)
  • depuis Molière, un « amphitryon » désigne celui qui règle l’addition
  • « sosie » vient de ce moment où Hermès a pris les traits de Sosie, l’esclave d’Amphitryon

Oyez, oyez ! Le 28 février 2019, le 2e numéro de la Newsletter Spéciale du Détective arrivera par le trou de la serrure de vos boîtes mails, alors inscrivez-vous ICI! pour découvrir son contenu avec des fun facts inédits, mes réflexions plus ou moins atypiques de lectrice, et bien d’autres choses…

1024px-Jacopo_Tintoretto_-_The_Origin_of_the_Milky_Way_-_Google_Art_Project

TintorettoZQEexGM2Z5VjLQ at Google Cultural Institute, zoom level maximum


💬 Je vous invite à écrire en commentaire ce que vous avez pensé de cet article 🙂 Pour commenter, c’est facile, il suffit de cliquer ci-dessous sur « laisser un message ». Ensuite, il n’y a plus qu’à indiquer un pseudo et valider ! Pas besoin de renseigner d’e-mail (sauf si vous voulez être averti quand quelqu’un répond à votre commentaire).

Pour cet article, j’ai couru dans tous les sens par-là :
http://www.cndp.fr/crdp-creteil/telemaque/comite/mythologie-expressions.htm
https://mythologica.fr/grec/alcmene.htm
https://mythologica.fr/grec/heracles2.htm
https://www.littre.org/definition/amphitryon
http://www.cnrtl.fr/etymologie/galaxie
https://demgol.units.it/pdf/demgol_fr.pdf