« Albus Dumbledore », un nom érudit et magique

                Quand on s’appelle Albus Percival Wulfric Brian Dumbledore, il y a forcément un tas de choses à dire sur votre nom. Surtout quand votre créatrice est minutieuse, malicieuse, et J.K Rowling soi-même. Elle disait d’ailleurs à ce propos :

Je collectionne les noms inhabituels. J’en ai des carnets entiers. Il y en a que j’invente […] Et jusqu’ici, j’ai récolté des noms de saints, de lieux, sur des mémoriaux de guerre, des tombes. Bref, je les collectionne… je m’intéresse tellement aux noms. ❞

« I collect unusual names. I have notebooks full of them. Some of the names I made up […]And so far I have got names from saints, place-names, war memorials, gravestones. I just collect them — I am so interested in names. »

— J.K Rowling lors d’une interview en ligne organisée par Barnes and Noble, le 19 mars 1999 (traduction par moi)

            Aujourd’hui, je vous propose de faire de l’onomastique — l’étude des noms propres — non plus en théorie, comme pour Bellatrix Lestrange ou Fumseck, mais sur le terrain. Nous allons explorer ce nom dans l’habitat naturel de son propriétaire. Direction le bureau du directeur de Poudlard !

                    Comme cet article est plus long qu’à l’accoutumée (cinq noms !), voici un sommaire pour vous repérer et aller directement à la partie qui vous intéresse :

SOMMAIRE

Brian & Percival
Dumbledore
Bonus : Hagrid
Albus & Rubeus
Wulfric

Et pour les plus pressés :
L’essentiel en quelques points


Brian & Percival

             Un « sorbet citron » et une volée de marches s’élevant selon une trajectoire hélicoïdale plus tard et nous nous trouvons sur les lieux. Les étagères sont remplies d’une kyrielle d’ouvrages et d’objets mystérieux. Le silence studieux et intimidant qui règne ici est ponctué du ronronnement d’un feu de cheminée, des ronflements des anciens directeurs et directrices assoupis dans leurs tableaux respectifs, et du cliquetis de pattes de phénix sur un perchoir en cuivre. Dumbledore s’est absenté pour quelques heures, profitons-en pour aller y regarder de plus près…

            Tout d’abord, inspectons son bureau. On y trouve une pile de papiers, un encrier argenté et une magnifique plume rouge qui répond toute seule à une farandole d’invitations à des congrès de sorcellerie, et autant de délibérations au Ministère de la Magie. Plus intéressant encore : une chocogrenouille en édition limitée spéciale Saint-Patrick parfum Guinness. Dumbledore aime les sucreries, c’est bien la preuve. Et cette édition limitée est l’occasion rêvée de parler de son quatrième et dernier prénom, Brian. Brian est le prénom d’un des Chevaliers de la Table Ronde dans la légende du Roi Arthur. D’ailleurs, son deuxième prénom, Percival, est aussi celui d’un des Chevaliers ! Mais au lieu de chercher le Saint Graal, Dumbledore cherchait sept horcruxes.

Brian et Percival donnent à son nom une forte consonance britannique, et la noblesse légendaire qui sied à un roi arthurien. Dumbledore devient un roi.

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Dumbledore

La chocogrenouille a déjà été mangée, il ne reste que la Carte des Sorciers Célèbres. Oh, c’est justement une carte avec Dumbledore dessus ! Première rencontre d’Harry avec son futur directeur d’école dans le Poudlard Express, l’une des premières choses qu’il a apprises sur ce grand homme est qu’il aime la musique de chambre. Ce détail, anodin en apparence, ne l’est pas. Comme d’habitude. Dumbledore n’est pas un patronyme en anglais, c’est un ancien nom pour désigner un « bourdon », et ce nom donne un nouvel indice sur sa personnalité parce que, comme le dit J.K. Rowling :

une de ses passions est la musique, et je l’imagine chantonner pour lui-même tout en marchant. ❞

« one of his passions is music and I imagined him walking around humming to himself. »

— J.K Rowling lors d’une interview en ligne organisée par Barnes and Noble, le 19 mars 1999 (traduction par moi)

                Celles et ceux qui ont lu Harry Potter à l’école des sorciers ont pu en observer la preuve au moment de l’hymne de Poudlard. Dumbledore devient chef de chœur et se sert de sa baguette pour diriger la foule des élèves. Sa consigne : que tout le monde le chante sur un air différent, ce qui permet d’intégrer tous les élèves, même les nés-moldus qui ne connaissent pas les chansons traditionnelles chez les sorciers. L’élément comique et provocateur est que les jumeaux Weasley finissent les derniers car ils ont choisi l’air d’une marche funèbre.
Mais ce n’est pas tout ! Le mot dumbledore est employé dans un roman du XIXe s.. Le fait est intéressant en soi , car dumbledore a été remplacé par bumblebee au XIIe s. (bien longtemps avant, donc), mais le plus étonnant, c’est qu’il est accompagné par un étonnant compagnon. Le narrateur raconte qu’une femme, Elizabeth, ne dit pas dumbledore, mais bumblebee, ni qu’elle a eu des cauchemars, mais qu’elle a souffert d’indigestion.

she no longer spoke of “dumbledores” but of “bumble bees”;[…] that when she had not slept she did not quaintly tell the servants next morning that she had been “hag-rid,” but that she had “suffered from indigestion.”

The Mayor Of Casterbridge de Thomas Hardy (publié en 1886)

Surprise ! On peut supposer qu’à la lecture du livre J.K. Rowling avait relevé ces mots rares et originaux dans l’un de ses carnets, et que Dumbledore n’est pas venu seul, il était déjà accompagné par Hagrid. L’auteur utilise le participe passé hag-rid qui signifie « tourmenté par des cauchemars ». Littéralement, le rêveur malheureux est tourmenté (ridden) par une vieille sorcière (hag). On retrouve cette même image dans les mots cauchemar et nightmare dont je parlais dans un précédent article.

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Bonus : Hagrid

Dans un autre roman de Thomas Hardy novel, The Return of the Native, se trouve un prénom qui servira de nom de famille dans un autre tome d’Harry Potter : Diggory. Ce genre de clins d’œil à d’autres œuvres littéraires s’appelle l’intertextualité.

Par son nom, Dumbledore n’est plus seulement un roi (Brian), c’est aussi un bourdon. Il est amusant comme un nom rigolo et désuet d’insecte, il prend sa caractéristique de zonzonner toute la journée.

Il se retrouve également lié à Hagrid par l’entremise d’une certaine Elizabeth, et J.K. Rowling à Thomas Hardy.

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Albus & Rubeus

            Nous avons tiré de ce bureau tout ce qu’il y avait à en tirer, intéressons-nous au reste. Étape suivante : les étagères ! Derrière le bureau se trouvent les étagères les plus intéressantes. Là, sont rangées le Choixpeau magique et l’épée de Godric Gryffondor. Mais aussi nombre d’objets aux usages obscurs, d’alambics et de fioles qui servent à l’alchimie.

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Dumbledore a des noms pleins de secrets. Lara Cremon

L’alchimie est au cœur du nom de Dumbledore, et pas seulement du sien. Albus, comme beaucoup d’entre vous le sauront déjà, signifie « blanc » en latin. Et Rubeus, le prénom d’Hagrid dont nous parlions justement plus haut, désignait pour sa part le « rouge ». Or, le rouge et le blanc sont des couleurs importantes en alchimie. Les manuscrits d’alchimie sont des rébus géants et les couleurs symbolisant les étapes du processus alchimique. Le rouge, par exemple, signifiait la réussite du Grand Œuvre : la création de la pierre philosophale. Il n’est pas étonnant qu’Albus et Rubeus aient des prénoms alchimiques, étant donné l’importance de l’alchimie et de la pierre philosophale dans le premier livre d’Harry Potter ! J.K. Rowling donne même de plus amples détails sur son choix :

En ce qui concerne mes deux personnages, je les ai appelés par des couleurs alchimiques pour transmettre leurs natures opposées mais complémentaires : le rouge pour la passion (ou l’émotion) ; le blanc pour l’ascétisme ; Hagrid étant l’homme terre-à-terre, chaleureux et caractérisé par sa force physique ; Dumbledore étant le théoricien spirituel, brillant, idéalisé et quelque peu détaché. Chacun d’eux est un contrepoint nécessaire à l’autre comme Harry cherche des figures paternelles dans son nouveau monde.

« Where my two characters were concerned, I named them for the alchemical colours to convey their opposing but complementary natures: red meaning passion (or emotion); white for asceticism; Hagrid being the earthy, warm and physical man, lord of the forest; Dumbledore the spiritual theoretician, brilliant, idealised and somewhat detached. Each is a necessary counterpoint to the other as Harry seeks father figures in his new world. »

— J.K. Rowling pour www.pottermore.com (traduction par moi)

Avec son prénom, Dumbledore est un roi, un bourdon, mais aussi le blanc, celui qui est innocent, intellectuel, excellent. Et au Yin de Dumbledore, Hagrid est son Yang, tourmenté par les cauchemars (peut-être de son renvoi de Poudlard à cause de Jedusor ?), et Rubeus, rouge de honte quand il a encore parlé trop vite, quand il s’énerve ou qu’il tire un gigantesque sapin derrière lui. Il est aussi la réussite du sauvetage d’Harry sur sa moto triomphante arrivant à Privet Drive en pleine nuit. D’ailleurs, c’est également lui qui va chercher la pierre philosophale à Gringotts pour la mettre en sécurité à Poudlard.

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Wulfric

                   Nous en avons fini avec les  étagères, il est temps d’étudier plus avant la pensine. Imaginez, vous pouvez pêcher n’importe quel souvenir du directeur du bout de votre baguette. Éclairer toutes les zones d’ombre du personnage, écarter tous les rideaux dissimulant des secrets, secouer toute la poussière cachée honteusement sous les tapis. Certes, ce serait trahir le Manitou suprême de la Confédération internationale des mages et sorciers décoré de l’Ordre de Merlin, première classe, et du titre d’Enchanteur-en-chef, mais c’est pour la cause pure et désintéressée de l’onomastique ! Versez le contenu d’un des flacons où se tortillent « 150 ans, plus ou moins quelques années, » de souvenirs luminescents et blanchâtres, et nous allons voir ce qu’elle a à nous révéler… Dumbledore, terrorisé par un épouvantard ! C’est le cadavre de sa sœur. Il n’arrive pas à le combattre, lui aussi est hag-rid… Pourquoi cette vision ? Attention, car à partir de maintenant, nous nous hasardons dans les territoires brumeux de l’hypothèse tirée par les cheveux.
Le prénom Wulfric est très rare. Il pourrait n’ajouter qu’une consonance saxonne et rare au chapelet de prénoms de Dumbledore, mais le seul Wulfric célèbre a une étonnante coïncidence dans sa biographie. Saint Wulfric est un saint anglais qui aimait Dieu, mais surtout la chasse, au final. Il discute par hasard avec un mendiant qui le convainc de se recentrer sur des occupations plus pieuses et de s’attacher à son devoir religieux. La vie de ce saint repentant n’aurait pas été étrangère à Dumbledore car sa vie à lui aussi a été marquée par deux moments de profond regret et de repentance : avoir laissé tuer sa sœur (d’où l’épouvantard !), et après qu’il s’est rendu compte que Grindelwald allait trop loin.

              En conclusion, J.K Rowling parvient à faire passer nombre d’indication sur le caractère de son personnage juste à travers son nom : notre directeur d’école est en fait un palimpseste de rois légendaires, de bourdon, de saint repentant et de symbole alchimique…

L’essentiel en quelques points :

 Albus Dumbledore
•    Brian et Percival sont des Chevaliers de la Table Ronde.
•    dumbledore est un ancien nom pour le bourdon
•    albus veut dire « blanc » en latin, couleur de l’innocence et de l’ascétisme.
•    Wulfric était un saint anglais qui s’est repenti de s’être trop longtemps détourné de ses devoirs religieux.

Rubeus Hagrid
•    hag-rid signifie « tourmenté de cauchemars »
•    rubeus signifie « rouge » en latin, et est la couleur de l’émotivité et de la réussite de la création de la pierre philosophale en alchimie

Cet article vous a plu ? Vous pouvez partir à la recherche d’autres mots qui vous intriguent dans l’index alphabétique à votre droite, ou dans le menu (les personnages d’Harry Potter sont signalés par un émoji éclair ) ou explorer la toute nouvelle rubrique des enquêtes privées !

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🔎 Pour cet article, j’ai passé au peigne fin tout ça :

« Les langages de J.K. Rowling » par Carole Mulliez, Thèse de doctorat en Lettres, 2008
Rowling, J. K. (19 March 1999). « Barnes and Noble interview, 19 March 1999 ». AccioQuote!. Archived from the original on 28 February 2007. Retrieved 28 February 2007.
« WBUR radio interview 12 October 1999 ». Accio-quote.org. 12 October 1999. Retrieved 27 November 2011.
https://www.pottermore.com/writing-by-jk-rowling/colours
https://www.pottermore.com/book-extract-long/entering-dumbledores-office
https://en.wikipedia.org/wiki/Wulfric_of_Haselbury
https://en.wikipedia.org/wiki/Brian_(mythology)
https://www.hp-lexicon.org/place/hogwarts-school-of-witchcraft-and-wizardry/hogwarts-seventh-floor/heads-office/
https://en.wikipedia.org/wiki/Alchemy
https://www.encyclopedie-hp.org/monde-magique/sorciers/albus-perceval-wulfric-brian-dumbledore/
Harry Potter à l’école des sorciers, J.K. Rowling, chapitre 6 (chocogrenouille)
Harry Potter à l’école des sorciers, J.K. Rowling, chapitre 7, p. 95 (hymne de Poudlard)

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Les étranges origines du nom de Bellatrix Lestrange

Les noms dans Harry Potter ne sont jamais choisis au hasard. Les vrais savent. Et Bellatrix Lestrange n’y fait pas exception !

Bellatrix vient du latin. C’est le féminin de bellator, le guerrier.  Son prénom signifie donc « femme-guerrière », ce qui convient tellement bien au personnage, que c’est à se demander si son prénom a influencé sa vie (pour ainsi dire belliqueuse, ha, ha, ha,…) ! Eh bien, figurez-vous que lorsque le nom d’une personne est en accord avec sa profession, cela s’appelle un nom aptonyme.

Il en existe des pelletées, alors voici une petite sélection des plus rigolos :

  • Marius Petipa est un célèbre danseur classique français spécialiste en entrechats, qui fut également un grand chorégraphe. (Mais avait-il vraiment une longueur de foulée inférieure à la moyenne ?)
  • Pierre Plouffe. Champion du monde de… ski nautique. Tout est dit.

Le prénom de Bellatrix s’inscrit dans une tradition familiale chez les Black : donner des prénoms d’étoiles. Orion, son père, est carrément le nom de la constellation à l’intérieur de laquelle on trouve l’étoile du nom de Bellatrix. Les grecs faisaient exactement comme les gens à la NASA aujourd’hui : ils baptisaient les étoiles du nom de leurs héros favoris dans le Spirou Magazine en grec ancien de l’époque ; Orion était donc l’un des nombreux héros mythologiques à finir leur carrière dans les manuels d’astronomie. Et c’était une sacrée tête de c***.

Orion, fils de Poséidon, avait donc à la fois l’étiquette de demi-dieu, ET la faculté Ô combien originale de marcher sur l’eau (ça vous rappelle quelqu’un d’autre ?). Le premier exploit d’Orion fut d’aller dans un royaume voisin et de violer la fille du roi. Ce dernier, légèrement énervé, l’éborgna sitôt qu’il l’apprit. Orion alla pleurnicher auprès du soleil, qui lui rendit la vue. Et que fit Orion ? Eh bien il revint chez le roi pour se venger d’avoir osé lui avoir fait perdre la vue ! Les Bibliothèques Roses de l’époque, c’était pas ce qu’on a lu dans notre jeunesse… Bon, le point commun avec Bellatrix, c’est qu’Orion a fait quelques parties de chasse avec Artémis, déesse de la chasse. Chasse, guerre, tradition, quelle famille aux valeurs charmantes ! (Orion finit mal, car il parvint à vexer la Déesse de la Nature en proposant d’exterminer tous les animaux).

Pour finir : le nom de famille de Bellatrix est Lestrange. Ce nom a des consonances françaises, normal, c’est un nom français ! Il donne à Bellatrix un nom noble (car d’origine française), qui indique, tel un panneau lumineux flottant au-dessus de sa tête, que sa famille est étrangère ET peut-être bizarre. Donc, avis aux petits sorciers à cicatrices éclairiformes : méfiance…

L’essentiel en quelques points :

  • Bellatrix tient son nom d’une étoile de la constellation d’Orion (son père)
  • Bellatrix signifie femme-guerrière, et Orion était aussi un c… guerrier
  • Aptonyme désigne un nom de famille qui correspond à la profession de son porteur

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🔎 Sources

Le monde antique de Harry Potter, Encyclopédie Blandine Le Callet (Auteur), éditions Stock, 2018
https://fr.wikipedia.org/wiki/Aptonyme
https://fr.wikipedia.org/wiki/Orion_(mythologie)

image : https://harrypotter.fandom.com/es/wiki/Bellatrix_Lestrange

Origines du nom de « Fumseck », le phénix le plus célèbre

Nouveau chapitre de Poudlard, une étymologie !

Dans la version française, le phénix de Dumbledore s’appelle Fumseck. Il faut dire que la spécialité des phénix est de prendre feu et de tomber en petit tas sous son perchoir avec cendrier intégré.

Il représente donc le renouveau, la réincarnation, et même l’imminence d’un événement important dans la mythologie chinoise. Le phénix est aussi le symbole de la ville antique de Rome. Elle a brûlé tellement de fois, que renaître de ses cendres faisait partie du quotidien. L’incendie le plus notable reste encore celui provoqué par l’empereur Néron qui, d’après une blague d’une de mes professeurs de latin, « avait entrepris de modifier l’urbanisme de la ville de façon rapide et définitive, mais aurait oublié d’enlever les habitants dans un premier temps… ».

« Fumer sec », au sens de « faire beaucoup de fumée », semble une transcription appropriée pour les ignorants fermés d’esprit que nous sommes… Parce qu’en anglais, le nom de la bestiole est beaucoup plus riche en signification que le jeu de mots rigolo choisit par le traducteur…

Le nom anglais de notre phénix favori est un gros clin d’œil à une figure de l’Histoire de l’Angleterre.

Dans la version originale, les lettres de Fumseck sont mélangées, jetées sur une table, et on obtient Fawkes. Comme Guy Fawkes. En 1605, un soir déprimant de novembre, un certain Guy Fawkes a failli faire sauter le parlement du Royaume-Uni. Son objectif était de mettre suffisamment de poudre à canon dans les caves sous le parlement pour réduire l’énorme et ancienne bâtisse en très petits confettis. Ainsi, il pensait manifester suffisamment clairement son mécontentement à l’endroit de ces incapables en perruques poudrées qui y siégaient, notamment pour leur tendance à persécuter les catholiques, alors contraints à raser les murs.

Sauf qu’il s’est fait attraper au dernier moment, la main dans le sac de poudre à canon. Oupsie ! Depuis, les anglais font brûler des épouvantails à l’effigie de Guy Fawkes dans des feux de joie et lancent des feux d’artifice en chantant « Remember, remember, the fifth of November… ».

Bon, l’élément feu, et même les cendres, est assez présent pour qu’on fasse facilement le lien avec le phénix de Dumbledore et cette figure historique de l’Histoire anglaise. Alors, pas de quoi faire fumer sec nos petits ciboulots, non ?

L’essentiel en quelques points :

  • Fumseck vient de « fumer sec », pour « fumer énormément »
  • Fawkes est le nom de famille d’un très célèbre opposant politique au parlement anglais qui a cherché à le faire sauter

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Image :

Itō Jakuchū, Vieux pin et phénix blanc, musée des collections impériales (Sannomaru Shōzōkan), Tōkyō, 1766, agence de la Maison impériale.

Sources :

« Les langages de J.K. Rowling » par Carole Mulliez, Thèse de doctorat en Lettres, 2008
https://fr.wikipedia.org/wiki/Grand_incendie_de_Rome

« Newt Scamander », étymologie d’un héros

Les fiches de révisions intensives du manuel L’Étymologie de Poudlard continuent ! Newton (Newt) Scamander, le héros des deux premiers films de la saga « Les Animaux fantastiques » a en anglais un nom qui divulgue un nombre impressionnant de secrets sur le personnage. En anglais seulement ? Oui, parce qu’en français, son nom a été traduit en Norbert Dragonneau par Jean-François Ménard. Il est d’ailleurs cité pour la première fois très tôt dans la saga, à savoir dans la liste de manuels distribuée aux élèves de Poudlard de première année, dans Harry Potter à l’école des sorciers.

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Pourquoi Norbert Dragonneau, me direz-vous ? Comme un dragonneau est un bébé dragon, ce nom de famille de paire avec le prénom Norbert, en guise d’indice à l’arrivée de Norbert, le bébé dragon d’Hagrid. Cet indice n’est pas donné dans la version anglaise, et a donc été rajoutée par le traducteur, au détriment de la signification d’origine du nom donné par J.K. Rowling. L’aventure s’arrête là en français, alors qu’en anglais, elle nous réserve moult péripéties et rebondissements… Alors fermez bien vos valises sans fond et accrochez-vous à vos baguettes, ça va décoiffer.

Newton est bien entendu une référence à notre ami Isaac, plus connu pour son traité sur la gravitation (et sa fascination pour les pommes), mais qui a aussi étudié l’alchimie et la théologie. Le choix de J.K Rowling de donner à notre magizoologiste le nom d’un héros anglais des sciences annonce ses propres découvertes et explorations et le succès de son livre sur les animaux magiques : Fantastic Beasts and Where to Find Them (1927). Mais J.K. Rowling ne s’arrête pas là ! Le surnom, d’apparence innocent, de Newton, à savoir Newt, n’est en réalité PAS. DU. TOUT. innocent. Typique de l’auteur, ça. Le mot newt est un nom commun en anglais, qui désigne… un triton, ces petits amphibiens qui ressemblent à des lézards. Par cet habile tour de passe-passe, son prénom donne le domaine scientifique large où excellera notre héros, et son surnom la discipline exacte. Encore une fois, les noms choisis par J.K. Rowling en disent très, très long sur ceux qui les portent, quand on a l’œil.

Maintenant, pourquoi Scamander ? D’abord pour le jeu de mots, dont J.K Rowling est friande, car Scamander ressemble beaucoup phonétiquement à salamander. C’est le mot anglais pour la salamandre, et cela fait un clin d’œil au surnom de Newton, à savoir Newt (le triton). Mais scamander est aussi le nom d’une rivière grecque qui apparaît dans l’Iliade d’Homère. Sous sa forme divine, la rivière prend le nom de Xanthos.

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Cette divinité aquatique décida notamment de combattre aux côtés des Troyens contre Achille et les Grecs, après que celui-ci l’a insulté comme un gros malpoli (méfiez-vous de l’eau qui dort, comme on dit !). Voilà un nom très prestigieux et qui fait en même temps office de CV, bourré d’indices sur l’avenir du petit Newton, et de références à la science et à la littérature. Ce petit fera de grandes choses avec les tritons de rivière grecque, c’est moi qui vous le dis !

L’essentiel en quelques points :

  • Newton est une référence à Isaac Newton
  • newt est le mot anglais pour un amphibien, le triton
  • Scamander est le nom d’une rivière grecque mythique, qui se change en divinité sous le nom de Xanthos

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source :
https://en.wikipedia.org/wiki/Scamander
http://harrypotter.wikia.com/wiki/Newton_Scamander

image :
Newton sortant de sa valise : https://www.tumblr.com/search/credence+barebone+x+reader
Newton jeune : Pinterest

« Nagini » ou le meilleur ami du Voldemort

Nouveau chapitre du manuel obligatoire en septième année, L’étymologie de Poudlard. Nagini fait partie du bestiaire de la saga Harry Potter, et on le trouve plus particulièrement dans la section grosse-bestiole-visqueuse-et-mortelle-qui-fait-flipper. Vous n’êtes pas sans savoir que ce gigantesque serpent est l’animal de compagnie de Voldemort, mais connaissez-vous le rapport entre Nagini, et la religion hindouiste (et bouddhiste) ?

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Dans les religions hindouistes et bouddhistes, un Naga est une semi-divinité mi-homme, mi-serpent. Et la Nagini est son pendant féminin. En creusant un peu, on découvre que ces semi-divinités peuvent prendre une forme animale, semi-animale ou humaine, ou bien n’être que l’une des trois selon les pays et les légendes. Ils sont souvent les farouches gardiens de trésors, sont symboles de force, de fierté, bref tout ça c’est très joli mais il y a un léger couac : leur venin et leur puissance peut se retourner contre les humbles mortels. Surprise, surprise ! Ajoutons à cela que naga signifie cobra en sanskrit, et on a la quasi certitude que J.K. Rowling a dû penser à ça avant de baptiser le serpent de compagnie de Voldemort, conclusion à laquelle Carole Mulliez arrive dans sa délicieuse thèse sur le langage de J.K. Rowling (2009).

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Un Naga et une Nagini

Ce qui est particulièrement confondant après ce que j’ai dit, c’est que dans le tome 7, Nagini prend l’apparence de Bathilda Tourdesac, passant du serpent à la femme…


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Projet de Voldemort pour le jardin

source :
Les langages de Harry Potter, Mulliez (2009) : http://www.theses.fr/2009PA040042

image :
http://villains.wikia.com/wiki/Nagini
Sacred Monkey Forest Sanctuary
Naga and Nagini in Bhuvanesvar, Odisha

Ouvrez vos manuels L’Étymologie de « Poudlard » par le Détective des mots, page 394…

Vous connaissez sûrement l’ouvrage incontournable pour tout savoir sur Poudlard : L’Histoire de Poudlard (en anglais Hogwarts, a History), voici la version personnelle du détective sur l’étymologie des mots créés par J.K. Rowling ! Ouvrez vos manuels page 394…

Nous avons tous en tête Harry Potter comme un monde ensorcelant, à la fois merveilleux et effrayant. Mais il a une autre facette plus discrète, que je vais vous montrer en cette saison propice aux citrouilles, et aux ricanements de sorcières… J.K. Rowling, et une bonne partie de la littérature anglaise destinée aux enfants, a un goût très prononcé pour l’humour potache et les jeux de mots d’écolier. Le nom de la plus célèbre école de sorcellerie n’y échappe pas !

Hogwarts, en anglais, est un mot-valise composé de hog (le porc) et warts (les verrues) : Verrue de Porc ? Voilà qui est vendeur comme nom d’école ! Tout le glamour, la magnificence et le sérieux de l’institution tremblent sur leurs fondations. Comme les enfants n’auraient pas saisi la blague, le traducteur français, Jean-François Ménard, a créé un jeu de mots similaire : Poudlard (pou du lard). Bon appétit !


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sources :
Larousse anglais-français
https://www.youtube.com/watch?v=UdbOhvjIJxI&t=5s

image : https://www.cosmopolitan.fr/venez-feter-halloween-comme-a-poudlard-aux-studios-harry-potter-de-londres,2005611.asp

Beaucoup de bruit pour des « noises »

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Connaissez-vous le mot anglais noise ? Auriez-vous dit qu’il venait du français ? Eh bien, si !

Le mot français « noise » est tombé en désuétude et n’est plus guère utilisé que dans l’expression « chercher des noises à quelqu’un » (c’est-à-dire « chercher querelle »). Les anglais ont emprunté le mot au XIIIème s. pour désigner un bruit fort ou un cri. Quel est le rapport entre le mot anglais et le mot français, alors ?

Une noise signifiait en français « bruit, tumulte » dès les premières attestations (en 1050) ! Le mot a ensuite développé un deuxième sens, celui de « querelle, dispute » (vers 1165). Faut dire qu’une querelle, c’est rarement discret…

Le mot « noise » a une origine trouble et mystérieuse. Certains avancent qu’il viendrait du latin noxia (délit, faute, crime).

Les « noises » apparaissent également dans une expression désuète toute mignonne : « chercher noises pour noisette », qui signifie donc « chercher des poux à quelqu’un pour pas grand chose » et a été relevée par un certain Randle Cotgrave (1565?-1634), lexicographe anglais et auteur d’un dictionnaire bilingue français-anglais (1611) plutôt novateur pour l’époque.

Par contre, je ne m’explique toujours pas pourquoi le traducteur français d’Harry Potter a choisi le mot « noise » pour remplacer l’anglais knut, la pièce de monnaie de la plus petite valeur dans le monde des sorciers… Affaire à suivre !

Mystère de l’apparition de noise dans Harry Potter, suite et fin :

Comme vous pourrez le voir dans les commentaires, le mystère de la traduction de « knut » par « noise » a déchaîné les passions (laissez-moi rêver !). Encore mieux, cette discussion a permis d’élucider la question !

Allons-y, le point commun entre « noise » et knut, c’est nut/noix. Coïncidence ? Non.

Dans une thèse sur les problèmes de traduction dans Harry Potter, et notamment les néologismes (ça existe, et ça tombe à pic !), on nous dit que la plus petite pièce de monnaie magique, knut, est un néologisme créé en prenant le mot nut et en changeant l’orthographe, en s’arrangeant pour que le néologisme se prononce pareil que le mot d’origine, ou presque. On en déduit que le traducteur français Jean-François Ménard serait parti du fait que le « k » de knut est muet, le rendant homophone avec nut, pour choisir sa traduction française, « noix » (mis au féminin pour une consonance plus médiévale ?). Mystère résolu…

Sauf qu’il y a un hic, car non seulement le « k » de knut se prononce, mais selon Pottermore, le site officiel du monde d’Harry Potter, knut se dit ainsi : kèï-nut (pourquoi ? Parce que J.K Rowling serait aller pêcher ce mot au Danemark). Donc le choix de « noise » ne fonctionne pas si bien que ça, car le knut danois n’a en fait rien à voir avec les noix… Dur, dur d’interpréter les intentions néologiques d’un auteur !

Pour la défense du traducteur, l’internet anglais pullule depuis peu d’articles culpabilisants du type « Vous avez toujours prononcé ce mot (knut) de travers ! Et il existe plusieurs autres néologismes de J.K Rowling qui suivent la même règle (changement orthographique + homophonie complète ou partielle). Les deux exemples les plus parlant sont Kreacher (l’elfe de maison de Sirius Black), qui est une retranscription phonétique du mot anglais creature, qui confère à cet elfe un coté plus fantasy, et le Knight bus (magicobus) où night (nuit) et knight (chevalier) se prononcent pareil, ce qui pour moi ajoute aux bus de nuits anglais une identité visuelle chevaleresque.

Bravo à Nicolas qui a eu le nez creux, et a trouvé l’Explication de cette traduction !


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Noise dans les jardins de Poudlard

sources :
https://www.littre.org/definition/noise
https://www.etymonline.com/word/noise
http://www.theses.paris-sorbonne.fr/these.muuliez.pdf
https://www.pottermore.com/features/harry-potter-names-and-words-we-got-wrong-for-years
https://www.hp-lexicon.org/thing/knuts/

Dernière mise à jour : 20/08/2018