Le problème avec Trump : définition et origine du mot gaslighting

Dans la presse anglophone, le mot gaslighting est partout. Que veut-il dire ? Quelle est son étymologie ? Et surtout : pourquoi est-il si important en ce moment ?

Origine du mot gaslighting

Définition

Pour définir de manière simple et efficace ce mot, on peut dire que le gaslighting est une forme d’abus psychologique qui consiste à faire croire à une personne (la victime) qu’elle a imaginé des événements, au point de la rendre folle.

« C’est dans ta tête, monsieur Tweedy ! »
— Chicken Run (2000)

Étymologie

Littéralement, gaslighting signifie « lumière émise par une lampe à gaz » (gas/gaz + light/lumière). Mais quel est le lien entre la signification de ce mot et l’éclairage au gaz ?

Ou, comme j’aime mieux les questions absurdes : quel est le rapport entre Trump, une lampe à gaz et une moustache ?

Papa malgré lui

Rappel : un néologisme est un mot créé par une personne, comme ça, un jour en se levant le matin, elle invente un mot, et BIM ! BIM ! BIM ! BIM ! tout le monde se met à l’utiliser et il finit (ou pas) par avoir son Happy end : entrer dans le dictionnaire et avoir beaucoup d’enfants (des « dérivés » : adjectifs, verbes, expressions…).

Note : je prends la liberté de dériver gaslighting dans tous les sens : gaslighter (verbe), gaslighté (participe passé), que nous gaslightassions (subjonctif imparfait), etc.

Donc, le papa du mot gaslighting s’appelle Patrick Hamilton. Et il n’a même pas créé ce mot intentionnellement. Ce qu’il a conçu intentionnellement, en revanche, c’est une pièce de théâtre à succès. Sous-titrée « Thriller victorien en trois actes » et jouée pour la première fois en 1940, elle s’intitule… Gas Light.

C’est l’histoire d’un couple. Le mari torture discrètement sa femme en niant d’abord des choses toutes bêtes. Puis, il passe à la vitesse supérieure, et baisse la luminosité de l’éclairage au gaz de leur maison sans prévenir. Sa femme s’en aperçoit et lui demande ce qu’il se passe. Il va alors la persuader qu’elle s’imagine des choses et que la luminosité est — et a toujours été — complètement normale. Convaincue que ses perceptions sont fausses et qu’elle ne peut pas se fier à ce qu’elle voit ou pense par un mari cruel, elle va devenir folle !

Gas Light met en scène l’exemple parfait de gaslighting à l’éclairage au gaz. La pièce est devenue emblématique, et son titre un nom commun — en anglais, puis en français (quoique pas encore ajouté au Larousse). Gaslighting est donc une antonomase, à l’instar du mot frigo, pamphlet ou galaxie.

3 exemples célèbres de gaslight

Le Merveilleux destin d’Amélie Poulain

Le cinéma a repris le gaslighting à son compte, comme dans ce célèbre film français. À un moment, Amélie est outrée que l’épicier soit si horrible avec son employé. Elle s’introduit chez l’épicier alors qu’il s’est absenté, et change quelques détails anodins. Amélie remplace ses pantoufles par la même paire trois tailles au-dessous, le dentifrice par du cirage, elle reprogramme le téléphone pour que lorsqu’on veut appeler le numéro préenregistré de la maman de l’épicier, on appelle plutôt l’accueil d’un hôpital psychiatrique, et surtout, surtout, elle change les ampoules pour que la chambre soit moins lumineuse. Du gaslighting en règle !

Le cri de l’épicier à la fin est mon moment cinématographique préféré.

Donald Trump

Exemple d’actualité : suite à la révélation par un lanceur d’alerte que le président des États-Unis a demandé au président ukrainien d’enquêter sur l’opposant de Trump pour la présidentielle de 2020 dans l’espoir de trouver des dossiers sur lui et le discréditer, Donald Trump n’a cessé de nier les faits. Même après publication de la transcription de l’appel où c’est écrit noir sur blanc, comme dans ce tweet :

(NDLT: Si ce coup de téléphone parfait avec le président de l’Ukraine est considéré comme inapproprié, alors aucun président dans le futur ne pourra jamais passer d’appels avec des chefs d’États étrangers !)

Ce n’est pas le premier exemple, et Trump est régulièrement accusé de tenter de gaslighter les Américains depuis son arrivée au pouvoir en 2016, notamment via ses interviews et sa présence sur les réseaux sociaux. Il y a même un livre à ce propos : Gaslighting America: Why We Love It When Trump Lies to Us (NDLT: Gaslighter l’Amérique : pourquoi nous aimons quand Trump nous ment).

Harry Potter et l’Ordre du Phénix

Passons à un exemple d’un tout autre genre, et penchons-nous sur le cinquième opus d’Harry Potter. Dans le livre, alors que Voldemort est revenu à la vie à la fin du tome 4 sous les yeux et grâce au sang d’Harry, personne ne le croit ! Laissé seul chez ses affreux oncle et tante pendant les vacances d’été, il ne peut se confier à quiconque, et souffre des accusations perpétuelles de la presse des sorciers qui l’accusent d’avoir tout inventé, ou pire, d’avoir perdu la tête. La Gazette du Sorcier, journal de prédilection du Ministère de la Magie britannique titre d’ailleurs :

The boy who lies?
— La Gazette du Sorcier (NDLT : Le garçon qui ment ?)

L’essentiel en quelques points

  • gaslighting vient du nom d’une pièce de théâtre anglaise : Gas Light par Patrick Hamilton (1940), où un homme rend sa femme folle en lui faisant perdre foi en ses perceptions et sa capacité à comprendre le monde.

Vous avez d’autres exemples de gaslighting dans les films, livres ou dans l’actualité ? Racontez-les en commentaire, j’en fais la collection !

Donald Trump serait-il un adepte du gaslighting ?

Bonus

Le court-métrage mystérieux

Edgard (2014) est un court-métrage des étudiants de l’École des Gobelins que j’adore et qui est assez difficile à interpréter. Edgard est-il un exemple de gaslighting ?

Dites-moi dans le sondage anonyme ci-dessous si vous pensez qu’Edgard est est un exemple de gaslighting, ou si vous avez une autre théorie ! 😊

Ce qui m’a fait penser qu’Edgard parle de gaslighting, c’est que j’ai découvert un livre français de 1986 qui parle aussi d’une moustache disparue, et d’un étrange gaslight de son ancien porteur. La Moustache est un roman d’Emmanuel Carrère, adapté par lui-même en une comédie dramatique (2005) avec Vincent Lindon, Emmanuelle Devos et Mathieu Amalric.

Synopsis

Un homme décide de raser sa moustache pour voir comment sa femme et ses amis vont réagir. De fait, ils ne réagissent pas du tout. C’est comme si personne n’avait remarqué qu’il avait un jour eu une moustache, ou pire, que cette moustache n’avait toujours été qu’une illusion de son esprit. La caractéristique du film est qu’il laisse l’ambiguïté planer : est-ce que cet homme subi un gaslighting en règle ou est-ce qu’il perd vraiment les pédales ? Ce qui veut dire que le film nous met dans la position de celui qui est gaslighté car on ne peut décider avec certitude entre les deux.

Sources

https://www.merriam-webster.com/dictionary/gaslight
Witch, Please! Episode 9 : The Cleansing Fire, http://ohwitchplease.ca/2015/09/episode-9-the-cleansing-fire/
http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=57731.html
https://en.wikipedia.org/wiki/Gaslighting

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Origine du mot résilience (spécial Octobre rose)

Isandre, du blog de la Plume d’Isandre, m’a invitée à participer à Octobre rose pour la lutte contre le cancer du sein, avec pour thème la créativité. La résilience est d’une grande aide pour les malades, et est le fondement de toute créativité lorsque l’on est confronté à la maladie. Et coup de chance étymologique, l’origine de ce mot est passionnante.

Origine de « résilience »

Le mot « résilience » a été emprunté à l’anglais. Deux fois. Resilient est apparu aux alentours de 1620 dans la langue anglaise, et désignait « l’acte de rebondir ». Il vient du latin resilire qui veut littéralement dire « rebondir », et est composé — histoire que, si on n’avait pas compris, on soit sûr de sûr que ça veut dire « rebondir » — de -re dans son sens de « revenir à sa place d’origine » et de salire « sauter ». Sauter vers sa place d’origine, c’est clairement « rebondir ». Merci le latin, merci l’anglais. Attendez, on a dit que le mot avait été emprunté deux fois à l’anglais ? On peut savoir pourquoi ?

Premier emprunt (1857)

« 1857, l’acier rebondissant arrive sur le marché. Sortez les casques de chantier, plus personne n’est en sécurité nulle part ! » — Citation apocryphe et anonyme

Les Français du 19e s. voient passer un nouveau mot anglais de physique qui signifie alors « résistant aux chocs » : resilient.
« Trop cool ! », se disent-ils en français de 1857, « comme on n’a pas de mot pour parler de ce super acier tout nouveau qui résiste aux chocs, on n’a qu’à leur piquer ça, rajouter un accent aigu, et voilà ! ».

Deuxième emprunt (vers 1970)

Cent ans plus tard, les Français du XXe s. voient passer un mot anglais qui leur dit vaguement quelque chose : resilient. Mais cette fois-ci, il est allé voir en psychologie et en politique et a gagné un sens figuratif, notamment pour parler de la solidité des institutions britanniques.
En réalité, c’est surtout un Français qui s’est dit que ces nouvelles connotations psychologiques et politiques du mot resilient en faisait le candidat idéal pour parler du concept de « ressort intime face aux coups de l’existence » (B. Cyrulnik, 1990). Ainsi, c’est à Boris Cyrulnik que l’on doit l’application du concept de résilience aux situations où l’on doit surmonter les chocs traumatiques et faire face à l’adversité. C’est ce deuxième sens que nous connaissons le mieux aujourd’hui, et qui nous intéresse durant cette Octobre rose.

Bonus

Comme l’écrit Isandre sur son blog dans son article introductif sur Octobre rose :

« Mais on le sait, les épreuves ont nourri l’art et la création de tous temps, aussi j’ai souhaité aborder ce projet en me penchant plus sur la créativité des malades, ou pour soutenir les malades, qui est une source de vie et d’admiration. »

Comme je voulais rendre cet article spécial vraiment spécial, voici deux formats courts, un podcast et une vidéo, sur la créativité et la résilience.

Créativité d’un jeune médecin

L’élan de résilience peut nous venir lorsque nous nous rendons compte d’une chose qui change notre vision du monde, que ce soit que la vie est trop courte pour se disputer (ce sont les Beatles qui le disent), ou qu’en réalité, nous ne sommes pas le vilain petit canard au milieu de la multitude de majestueux cygnes au plumage immaculé, parce qu’ils le valent bien. Et là, Baptiste Baulieu, jeune médecin généraliste plein d’optimisme et de tolérance, parlera mieux que moi du sentiment d’être anormal lorsque l’on est malade, et son message pour éveiller notre élan de résilience. Je vous laisse avec sa courte mais très belle chronique sur France Inter :

« Il n’y a pas « moi, malade de ceci et cela » d’un côté, et « les autres, sains de corps et d’esprit ». Ça n’existe pas, ça. Jamais. Non. La normalité, c’est JUSTEMENT d’être emmerdé par des maladies, petites ou grosses, et par des troubles psychologiques qui nous font plus ou moins souffrir. »
— Baptiste Baulieu, « Alors Voilà» (9 septembre 2019), France Inter
https://www.franceinter.fr/emissions/alors-voila/alors-voila-09-septembre-2019

Des femmes créatives face à leur cancer

Voici aussi une vidéo de la page Facebook très inspirante Simone Media. Ce court documentaire donne la parole à des femmes qui montrent différentes manières d’être créative et résiliente face à des cancers. Saluons l’à-propos de celle qui a pensé à parler d’acier pour aller avec cet article :

 « Aujourd’hui, je suis peut-être en béquilles, mais je fais du sport et j’ai un mental d’acier. »

Sources

Le Dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey, Éditions Le Robert, 2002
https://www.etymonline.com/word/resilience?ref=etymonline_cros

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L’origine du mot « cathédrale », c’est le feu

En apprenant pour l’incendie de Notre-Dame, vous avez peut-être pleuré/soupiré/grommelé, et pour toutes ces raisons vous vous demandez d’où vient le mot « cathédrale ». Mais saviez-vous que la cathédrale a un rapport avec le fauteuil de bureau sur lequel vous êtes assis ? Quelle est la définition d’une cathédrale ? Quelle est l’étymologie de ce mot ? En bonus : un fait amusant sur Notre-Dame de Paris. C’est parti !

Qu’est-ce qu’une cathédrale ?

Cathédrale, n.f. : Pas une église comme les autres, car rares sont les églises où officient un évêque (un haut-placé dans l’Eglise catholique). On compte en France plus de 40 000 églises pour seulement une centaine de cathédrales. Il paraît que le concours pour devenir cathédrale est aussi inaccessible que l’agrégation (comprenez trouver un architecte qui n’a pas la bonne idée de mourir en plein chantier, atteindre la fin d’une construction pouvant durer un paquet de lustres (sans parler de ceux nécessaires à l’éclairage), survivre aux incendies, aux pillages, à des révolutionnaires surexcités, voire à des changements intempestifs de religion qui vous privent finalement du titre tant convoité, &c.).

cathédrale : origine, définition

Étymologie de « cathédrale »

Quel est le rapport entre votre fauteuil de bureau et Notre-Dame de Paris ? Les mots « chaise » et « cathédrale » viennent du même mot en latin !

Cathédrale Notre-Dame en feu (avril 2019). Photo by Nivenn Lanos on Unsplash

Cathédrale Notre-Dame en feu (avril 2019). Photo by Nivenn Lanos on Unsplash

Ça ne saute pas tout de suite aux yeux, on est bien d’accord. En latin classique, cathedra signifiait « siège à dossier » (pour les professeurs, principalement). Plus tard, en latin chrétien, le mot cathedra désignait les églises où siégeaient les évêques, car dans les églises où il y a une place d’évêque, il y a aussi une grande chaise, souvent en haut d’un petit escalier, d’où sont donnés les sermons.
Avec le temps, le mot cathedra  a été  tellement mâchouillé qu’il est devenu « chaire », tandis qu’au XIIe s., des gens ont emprunté dans de vieux livres en latin chrétien le mot cathedralis (« de la chaire de Rome ») pour faire « cathédrale » et désigner le bâtiment. C’est pour ça qu’il ressemble beaucoup plus au latin : les derniers arrivés sont les mieux conservés !
Au XVIe s., les mots « chaise » et « chaire » étaient en concurrence pour désigner à la fois le réceptacle de votre auguste postérieur ET le poste d’évêque/professeur, etc., et pour finir « chaise » se spécialisa pour le siège à quatre pieds, tandis que « chaire » pris en charge le fauteuil d’évêque/la charge de professeur, de religieux, etc.
C’est donc de la présence d’une chaire d’évêque (le siège et le poste) dans certaines églises qu’elles ont été appelées cathédrales. « cathédrale » veut littéralement dire  « chaise ». Votre fauteuil de bureau a donc bien un lien avec les cathédrales : son utilité première !

Zoom sur la Cathédrale Notre-Dame de Paris

Construite de 1163 (style gothique) à 1350 environ, Notre-Dame a malheureusement été partiellement détruite par un incendie le 15 avril 2019. Mais intéressons-nous plutôt à ses cloches.

La cloche de la cathédrale Notre-Dame de Paris

La cloche de la cathédrale Notre-Dame de Paris

Figurez-vous que toutes les cloches de Notre-Dame ont été changées en 2012 parce qu’elles « sonnaient faux et avaient pris un sérieux coup de vieux » (citation apocryphe, mais en gros, c’est ça). Toutes, sauf une ! Et le plus rigolo, c’est qu’elles ont des noms : le bourdon — Emmanuel de son prénom  — est resté fidèle au poste depuis 334 ans (1685), tandis que Marie, Marcel, Anne-Geneviève et les autres sont de récentes additions au cheptel. Voici ci-joint une carte d’identité possible pour cette vieille cloche (sans offense).

Oui, vous avez bien lu, cette cloche a un parrain et une marraine, et pas des moindres !  Louis XIV et Marie-Thérèse d’Autriche, rien que ça. Cette coutume de faire parrainer les cloches a perduré, puisque en 2012, on a fait parrainer les nouvelles cloches de Notre-Dame, et parmi les heureux élus, on compte : Son Altesse Royale la Grande Duchesse de Luxembourg et un certain Gabriel de Broglie, passé par Science-Po Paris et l’ENA, doublement académicien, et défenseur de la langue française.

Voilà, c’est tout pour cette fois-ci, dans le second épisode de cette série sur les cathédrales, on démêlera l’imbroglio allemand entre les synonymes de Kathedrale : Dom et Münster.

L’essentiel en quelques points :

•    « cathédrale » vient du latin cathedra, la chaise ;
•    « chaise » et « chaire » étaient des mots concurrents puis chacun s’est spécialisé (« chaise » pour le siège à quatre pieds et « chaire » pour la fonction de professeur ou religieux) ;

Pensez à partager, liker, commenter pour faire connaître ce blog ! 🙂

Sources :

http://patrimoine.blog.pelerin.info/2019/01/04/combien-deglises-et-de-chapelles-en-france-en-2019/

https://fr.wikipedia.org/wiki/Cath%C3%A9drale_Notre-Dame_de_Paris#Bourdon_Emmanuel_de_1685

https://fr.wikipedia.org/wiki/Gabriel_de_Broglie

Crédit photo : Par de:Freedom_Wizard — Travail personnel, CC BY 3.0, https://commons.wikimedia.org/w/index.php?curid=6764628

La différence entre le « chanvre » et le « cannabis »

Avec le débat actuel sur le cannabis médical, le développement des produits à base de chanvre (huile, graines, etc.), et le cannabis à fumer que l’on met dans sa blague à tabac, difficile de savoir si oui ou non le « chanvre » et le « cannabis » sont différents. Dans cet article, vous saurez tout sur les origines et la définition de ces mots, et je vous offre en bonus une expression bizarre malheureusement tombée dans l’oubli pour développer votre culture générale grâce à un petit quiz !

Origines et définition

Les plantes du cannabis et du chanvre viennent de la même famille. Le premier contient une molécule psychoactive : le THC, qui perturbe le fonctionnement des neurones et peut dans 8% des cas provoquer une addiction. Le chanvre, lui, n’en contient presque pas et n’a donc pas ces effets.

Figurez-vous que les mot « chanvre » et « cannabis » viennent tous deux du latin cannabis (originellement un mot grec, kannabis qui signifie « plante textile » car on peut en faire du tissu). Extraordinaire. Mais bon, si le lien entre cannabis et « cannabis » est évident, pour « chanvre », il l’est beaucoup moins.

Les mots du quotidien qui viennent du latin ont tendance à être mâchouillés avec enthousiasme au fil des siècles par des gens comme vous et moi. Et au bout du compte, ils ne ressemblent plus beaucoup à leurs photos de jeunesse.

Ainsi, le mot cannabis a été mastiqué pour devenir canapas, puis le « c » est devenu « ch » et ça a donné « chène- ».

Le cannabis et le chanvre sont des plantes différentes de la même famille et ont la même origine étymologique. Roberto Valdivia

Le cannabis et le chanvre sont des plantes différentes de la même famille et ont la même origine étymologique. Roberto Valdivia

Le mot latin cannabis a donné beaucoup de petits qui désignent des parties de la plante chanvre. À ce stade, on a ajouté « vide » à la fin de «chèn-» pour créer le mot « chènevis » (soit « chanvre vide »). C’est le nom des graines de chanvre, elles sont utilisées pour la pêche.

Puis, « chèn-» a continué d’évoluer et a donné « chènevotte », ou –otte signifie « petit », et désigne le résidu de la tige du chanvre, quand on a enlevé la fibre. La chènevotte sert à fabriquer des parpaings ou du béton de chanvre, tandis que la fibre de chanvre, ou filasse, sert à faire du tissu. Auparavant, le chanvre était très répandu, et la filasse servait notamment à fabriquer les cordages des navires, parce qu’elle est très solide.

En fait, le latin cannabis a contribué à baptiser presque toutes les parties de la plante du chanvre. Allez, c’est le moment de l’expression bizarre ! Saurez-vous deviner en deviner le sens ?

Quiz de culture générale 

Une « cravate de chanvre » désignait…

  • A) une corde pour pendre les gens
  • B) une cravate faite en tissu de chanvre à Amsterdam
  • C) un nœud en tissage ressemblant à celui de la cravate, utilisé pour les fils de chanvre

Vous trouverez la solution plus bas, dans la partie « L’essentiel en quelques points ».

 Le chanvre in English

Autant le mot anglais pour le chanvre n’est pas très intéressant, car il se dit hemp (chanvre) et vient des anciennes langues nordiques et allemandes où il voulait déjà dire la même chose, autant le lituanien est plus rigolo avec son mot kanapės (chanvre) ! Il est dérivé du russe et on retrouve des mots semblables en polonais et en ukrainien.

L’essentiel en quelques points
•     Les mots « chanvre » et « cannabis » viennent du latin cannabis
•     Le mot latin cannabis a donné chènevis (graine de chanvre) et chènevotte (résidu de la tige sans la filasse)
•     Solution du quiz : L’expressions « cravate de chanvre » désignait la corde avec laquelle on pend les criminels (réponse A). Auparavant, les cordes étaient souvent faites en chanvre, et un type de cordage s’appelait « cravate ». Cette expression populaire vient du croisement des deux, avec l’image d’un humour plutôt noir, que la corde qu’on vous passe au cou vous fait comme une cravate.

 Pour aller plus loin 

Jusqu’au XVIème siècle, le chanvre était « la » chanvre ! En effet, de ses origines grecques jusqu’en latin médiéval on pouvait soit dire canapus, qui était masculin, soit canava, qui était féminin. D’ailleurs, canava a donné bien plus tard en français le « canevas », une toile grossière utilisée en broderie. Fou, hein ?

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🔎 Pour cet article, j’ai passé au peigne fin… CNRTL, Littré, Etymonline, C’est pas sorcier, Musée du chanvre (21), Larousse, le Dictionnaire historique de la langue française

https://www.etymonline.com/word/cannabis?ref=etymonline_crossreference

https://www.youtube.com/watch?v=imD2eJVALH8

https://www.littre.org/definition/chanvre

http://museeduchanvre.pagesperso-orange.fr/fr_utilisation4.html

http://www.cnrtl.fr/definition/chanvre

https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/cravate/20262

Dernière mise à jour : 09/04/19