La sirène : histoire du mot et de la femme ailée devenue aquatique

D’où vient le mot sirène ? Pourquoi mon professeur de Latin insiste que les véritables sirènes n’ont pas de queue de poisson comme Ariel, mais des ailes ? Quel est la différence en anglais entre siren et mermaid ? Cet article va vous éclairer sur toutes ces questions grâce à l’étymologie !

Le mot sirène vient de l’Ancien français, « sereine ».

Sereine ? Comme la sérénité ?

Nope !

Étymologie de sirène

Le mot sirène est passé du grec Σ ε ι ρ η ́ ν (seirên), chez Homère donc, est ensuite devenu « sereine » au XIIe (12e) siècle. De « sereine » le mot s’est changé en « sirène ». C’est ça, la magie de l’évolution de l’orthographe !

Les Anglais ont emprunté le mot « sereine » au XIVe (14e) s., qui a suivi presque la même évolution orthographique, soit le réagencement de deux-trois « e » par-ci, par-là, et un petit jeu de chaises musicales avec le « i ». Le résultat obtenu : siren.

Le hic, c’est qu’en anglais, la siren désigne non pas une femme mi-humaine, mi-poisson, mais… une femme ailée !

Comment se fait-ce ? me demandez-vous. Enfilez vos toges, nous allons découvrir cela ensemble, direction : l’Antiquité mythique !

Cet article fait partie d’une série sur les sirènes, de la mythologie à leurs divers noms et apparences en français et anglais.


À la découverte des sirènes

Chapitre 1 : Origine du mot mermaid
Chapitre 2 : Origine du nom de Starbucks et de sa sirène à deux queues
Chapitre 3 : La sirène : histoire du mot et de la femme ailée devenue aquatique


Femme ailée de dos debout sur une plage face à la mer
La sirène vient d’un mot grec, dont l’orthographe a bien évolué au fil du temps. Image de Joyce Huis pour Unsplash.

Plume contre écaille

Pour la faire simple, en Anglais, les mermaids ont une queue de poisson, et les sirens ont un corps d’oiseau.
Là où ça se corse violemment, c’est en français. Alors accrochez-vous à vos accoudoirs de canapé, ça va décoiffer en grec ancien.

En français, nous n’avons que le mot sirène pour désigner la créature légendaire mi-femme, mi-poisson, et accessoirement une créature mythologique grecque mi-femme, mi-oiseau.

Après l’évolution de l’orthographe : l’histoire de comment en français les sirènes sont passées de femmes ailées à des créatures aquatiques.

Femme en plein essor sur fond de montagne et de nuages.
La sirène fut d’abord ailée avant de devenir mi-femme, mi-poisson. Image de Mohamet Nohassi pour Unsplash.

Mots de A à Z

A

amaze
araignée
autrice
B

Bible
blague à tabac
breakfast
C

cathédrale
cannabis
citrouille

Sirène versus Harpie

Seirên désignait en grec, d’après le Dictionnaire historique de la langue française, des sœurs mi-femme, mi-oiseau, au physique plutôt canon, sur une île, qui attirent les pêcheurs en mer avec leurs chants dignes de l’Eurovision, pour ensuite les zigouiller sauvagement. Accessoirement, c’était aussi une insulte sexistes pour désigner une femme sournoise. (À ne pas confondre avec les harpies qui sont des sœurs mi-femme, mi-oiseau, au physique pas canon du tout, sur une île, avec des ongles sales).

Grosso modo, oui, tout est dans la manucure pour les différencier (ça et le fait qu’il y a moins de harpies que de sirènes, qu’elles n’ont pas les mêmes parents, ni les mêmes prénoms, n’habitent pas sur la même île, bref, c’est pas les mêmes, quoi).

Femme en robe en suspension au-dessus des vagues
La sirène-poisson, la sirène volante et la harpie viennent de trois mythes et légendes bien distincts. Image de Caique Silva pour Unsplash.

Comment la sirène nordique a remplacé la sirène grecque

Donc à l’origine, on avait notre sirène volante, et peu à peu, les légendes nordiques ont pris le dessus. Dans ces légendes, c’est une femme-poisson qui est principalement dangereuse, mais parfois sympathique. Elle se marie parfois à des humains, tant qu’on lui a piqué un objet personnel (par exemple un peigne), et dès qu’elle remet la main dessus, elle se lève et elle se barre.

Symboliques et connotations des trois types de sirène

Chaque sirène est associée à un danger différent pour l’Homme (et plus particulièrement l’homme avec une minuscule), ainsi qu’à des connotations qui permettent d’insulter les femmes d’une manière originale et variée.

Dans les légendesPour parler d’une femme
sirène-poissoninondations et désastres naturels, présage de naufragefemme fatale, belle, qui chante bien et dangereuse
sirène volanteattirent les marins vers les rocherspareil
harpiedivinités des tempêtesvieille femme, moche, dangereuse, sorcière

Et ces connotations remontent à aussi loin qu’elles existent, les Grecs anciens insultaient déjà les Grecques anciennes de harpie ou de sirène !

L’essentiel

  • sirène vient du grec Seirên
  • originellement les sirènes étaient des sœurs mi-femmes, mi-oiseaux dans la mythologie qui attiraient les marins pour les exploser dans les rochers
  • du fait de l’influence des mythes nordiques, la sirène-poisson a pris le dessus dans l’imaginaire collectif

Sources

https://www.etymonline.com/word/mermaid
https://en.wikipedia.org/wiki/Mermaid_Tavern
https://www.persee.fr/doc/rnord_0035-2624_1996_num_78_315_5120_t1_0390_0000_3
https://www.britannica.com/topic/Siren-Greek-mythology
https://www.britannica.com/topic/Harpy
https://mythologica.fr/grec/sirene.htm
https://mythologica.fr/grec/harpie.htm
https://www.britannica.com/topic/mermaid
Dictionnaire historique de la langue française, Alain Rey, Le Robert, 2011

Bousquet Jacques. Jacqueline Leclercq-Marx. — La sirène dans la pensée et dans l’art de l’Antiquité et du moyen âge. Du mythe païen au symbole chrétien. » Bruxelles, Acad. royale de Belgique, 1997.. In: Cahiers de civilisation médiévale, 42e année (n°167), Juillet-septembre 1999. pp. 297-301. https://www.persee.fr/doc/ccmed_0007-9731_1999_num_42_167_2760_t1_0297_0000_4


Deonna W. « Salva me de ore leonis ». A propos de quelques chapiteaux romans de la cathédrale Saint-Pierre à Genève. In: Revue belge de philologie et d’histoire, tome 28, fasc. 2, 1950. pp. 479-511. DOI : https://doi.org/10.3406/rbph.1950.1876 www.persee.fr/doc/rbph_0035-0818_1950_num_28_2_1876

Somville Pierre. Jacqueline Leclercq-Marx, La Sirène dans la pensée et dans l’art de l’Antiquité et du Moyen Âge. Du mythe païen au symbole chrétien. In: L’antiquité classique, Tome 70, 2001. pp. 553-554. www.persee.fr/doc/antiq_0770-2817_2001_num_70_1_2472_t1_0553_0000_3

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