Origine du mot citrouille

L’heure est grave, car un pépin a été découvert dans la citrouille. Comment ça, un pépin ? Nous sommes tous d’accord que ce qu’il faut enlever de la citrouille avant de la consommer, ce sont des graines, et non des pépins. Et pourtant il y en a bien un, étymologique, celui-là. Avant de lui régler son compte, il est utile de revenir sur la différence entre un pépin et une graine.

Les pépins sont une catégorie de graine, que l’on trouve seulement dans les baies, les fruits pomacés ou les hespérides. Arrêtons-nous un instant sur cette dernière catégorie de fruits. Hespéride ? Ce nom provoque dans votre esprit un tourbillon d’images enfouies depuis vos derniers cours de latin, sur lesquelles figurent les Hespérides, filles d’Atlas, leur jardin éponyme et Héraclès, parti aux fraises (enfin aux pommes, dans ce cas précis).

Pour ceux qui aimeraient entendre l’histoire du jardin des Hespérides, continuez votre lecture, les autres, sautez gracieusement ce paragraphe.

Ce brave Héraclès — Hercule, pour les plus romains d’entre vous — se voit assigner douze travaux présumés tous plus irréalisables les uns que les autres, parmi lesquels des écuries toutes salopées par des chevaux géants, descendre aux Enfers attacher Cerbère, un chien gigantesque élu le chien plus féroce de l’année par Cave Canem Hedbo, ou encore tuer une hydre dont les têtes repoussent à plusieurs quand on les coupe (ce niveau du jeu devait être particulièrement énervant). La onzième corvée assignée à Héraclès consistait tout simplement à aller dans un verger, cueillir des pommes, et les rapporter. Sauf qu’il y a un hic, de la taille d’un dragon.

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Quelques faits étonnants sur les origines du mot citrouille. Priscilla Du Preez

Le Jardin des Hespérides était un incroyable verger à l’extrémité ouest du monde et ne figurant sur aucun GPS en bois de l’époque. Ses habitantes, des nymphes du même nom, avaient la fâcheuse tendance à délester régulièrement l’arbre de ses fruits d’or. Héra trouva une solution radicale : flanquer l’arbuste d’un bon gros dragon bien agressif. Simple, efficace. Notre ami Héraclès, ne sachant comment localiser ce jardin, va voir Atlas, qui d’après le cousin du pote de la tante de son voisin, aurait peut-être des infos. Depuis le moment où les Titans ont perdu contre les dieux de l’Olympe, la punition d’Atlas a été de porter la voûte céleste sur ses épaules. À vue de nez, ça devait être fichtrement lourd.

D’ailleurs, petite parenthèse anatomique, la première vertèbre chez l’homme s’appelle « atlas », car à l’image du Titan portant la voûte céleste, cette vertèbre porte le poids de notre crâne. Que de modestie dans le choix de ce nom, n’est-ce pas ?

Atlas — le Titan, pas la vertèbre — propose donc un deal à Héraclès : ce dernier portera la voûte céleste un court moment, pendant qu’Atlas ira chercher les fruits d’or lui-même dans le jardin de ses filles. Le marché est conclu, mais quand Atlas revient avec le précieux butin, il tente d’entuber Héraclès en offrant d’aller porter lui-même les pommes à la bénéficiaire du onzième travail, espérant échapper à sa punition et laisser Héraclès faire le sale boulot à sa place jusqu’à la fin des temps.

Héraclès, qui n’était pas né de la dernière pluie, entuba donc Atlas en faisant mine d’accepter, puis prétexta des douleurs dans le cou (la vertèbre atlas, à tous les coups !) pour lui refiler la voûte céleste et, au lieu d’aller chercher un coussin, comme il l’avait promis, pris ses cliques et ses pommes, et planta Atlas comme une vieille chaussette pour aller remettre les fruits d’or à qui de droit, et en finir avec le douzième et dernier travail.

Mais si les pommes rentrent dans la catégorie des fruits pomacés, alors que trouve-t-on chez les hespérides ? Tout sauf des pommes. Les citrons, pour commencer, les oranges, les limes, les pamplemousses. Bref, tout ce qui s’épluche avec difficulté et se détache en quartier dans un torrent de jus collant et acide, quand on ne maîtrise pas la fourchette et le couteau avec l’habileté d’une Elizabeth II. Mais qui a eu la fameuse idée de ranger les agrumes dans la catégorie des hespérides et pas les pommes ?

Demandez à Carl von Linné, naturaliste suédois mort en 1778 dans la ville au nom très rigolo de Upsalla. Il aimait beaucoup créer des catégories et ranger la faune et la flore dans des petites boîtes, et a notamment popularisé la classification binominale. Elle consiste à donner des noms scientifiques universels inspirés du latin ou du grec à toute la faune et la flore, comme celui du chat domestique : felis sylvestris catus.

Cela nous a donné l’incontournable gallus gallus pour la poule domestique, pipistrellus pipistrellus pour un type de chauve-souris, ou rattus rattus pour le rat noir. Carl von Linné est donc à l’origine du nom Hesperidae qui désigne les agrumes, en référence aux… pommes du jardin des Hespérides. Voilà, ce n’est pas très logique de la part du monsieur, mais il a bien œuvré par ailleurs, alors pardonnons-lui ce moment d’égarement et revenons-en à nos citrouilles.

La citrouille comporte donc des graines, mais il n’empêche qu’il y a un gros pépin dans l’étymologie de notre citrouille. Gros, jaune et granuleux. Comme un citron. « Mais qu’est-ce que le citron a à voir avec la citrouille ? » me direz-vous. Citron ? Citrouille ? Rien ne vous choque ? Si, hein ! Le mot « citrouille » vient du latin citrus, en référence à sa couleur jaune comme un citron.

Décidément, les cucurbitacées ont des graines, les oranges appartiennent à la catégorie des hespérides et les citrouilles sont jaunes ? Pis la terre est bleue comme une orange, tant qu’on y est ! On se croirait dans un poème de Paul Eluard, mais rassurez-vous, les anglais n’ont pas fait mieux : le mot pumpkin vient de pepo en latin, le… melon.

PS : il existe deux noms de courge qui vont vous rappeler des souvenirs : la melonnette jaspée de Vendée et la pomme d’or !

L’essentiel en quatre points :

  • « citrouille » vient du latin citrus en référence à la couleur du citron.
  • pumpkin (citrouille) vient du latin pepo¸le melon en référence à sa forme.
  • « hespéride » est un synonyme d’agrume, en référence aux pommes du jardin des Hespérides
  • La première vertèbre s’appelle « atlas », en référence au Titan qui porte la voûte céleste

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sources :
http://www.cnrtl.fr/etymologie/citrouille
http://m.espacepourlavie.ca/pepin-graine-ou-noyau
https://fr.wikipedia.org/wiki/Carl_von_Linn%C3%A9
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hesp%C3%A9ride_(fruits)
https://fr.wikipedia.org/wiki/Hesp%C3%A9rides
https://fr.wikipedia.org/wiki/Courge

 

 

 

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4 réflexions sur “Origine du mot citrouille

  1. Un article sur le pépin passionnant et très amusant, on le lit d’une traite, malgré qu’il ne soit point « bref 😜!»

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