Origine du mot vampire, et l’histoire dramatique du premier vampire moderne

Figurez-vous que les mots « vampire » et « chauve-souris » ont un rapport autre que la métamorphose de l’un en l’autre les soirs de pleine lune ! Pour en savoir plus, penchons-nous sur l’étymologie du mot « vampire »… Mettez tout de même une gousse d’ail près de vous, on ne sait jamais…

Le mot « vampire » vient du serbo-croate vampir, qui a deux significations. Il désigne à la fois un homme qui boit le sang de ses victimes, et… une chauve-souris. Tous ces vampires dans les films qui se changent en chauve-souris ont donc une bonne raison étymologique de le faire !

Au départ, le vampire est une créature folklorique d’Europe de l’Est. Il a ensuite été emprunté par les écrivains pour leurs romans, devenant grâce à eux un personnage littéraire célèbre et donnant naissance à un genre à part entière. À l’origine, le vampire folklorique était un revenant rougeaud, ancien artisan ou paysan, qui mordait ses victimes pour boire leur sang. Il ne volait pas forcément et était devenu un vampire parce qu’il avait été mordu, ou simplement parce qu’un chat ou une chauve-souris soit passé par-dessus son cadavre ou encore il avait été le septième fils d’un septième fils, bref, les modes de transmission étaient variés et insolites. Revenir d’entre les morts n’est déjà pas très catholique, mais en Grèce il pouvait suffire d’avoir été excommunié de l’église orthodoxe pour devenir un vampire après sa mort ! D’où la peur des vampires pour les crucifix, l’eau bénite, les églises, etc. Le vampirisme était une sanction pour les hérétiques, de quoi stresser tout le monde et augmenter la fréquentation des églises de l’époque, même si les pratiquants sentaient singulièrement l’ail…

Mais alors d’où vient la figure du vampire que nous connaissons tous  ? Celle du riche vampire, ténébreux et sophistiqué, qui saigne à blanc les plus belles héritières de la région ? Enfilez vos pantoufles et branchez vos feux de cheminées, nous allons en l’Italie pour le découvrir…

Tout commence un soir d’été 1816, dans une magnifique villa appartenant à Lord Byron (un grand poète romantique anglais et encore plus grand coureur de jupons). Il était en compagnie de son médecin personnel chargé de guérir ses insomnies, et d’un jeune couple : le poète et auteur politique Percy Shelley, et sa femme Mary. Mais pourquoi prendre des pantoufles bien chaudes en Italie, l’été, me direz-vous ? Parce que le temps était épouvantable, caractérisé par des pluies torrentielles et des températures glaciales. D’ailleurs, l’année 1816 a été baptisée « l’année sans été », en effet, la terrible éruption d’un volcan en Indonésie a abattu sur une partie de la planète douze mois d’hiver, créant famines, révoltes et ennui. Pour lutter contre ce dernier fléau, Percy, Mary, Byron et son médecin, John William Polidori, décident de passer le temps à se raconter des histoires de fantômes. Ils se lancent alors le défi d’écrire chacun un roman gothique et terrifiant. C’est ainsi que Mary Shelley eut l’idée de son célèbre Frankenstein, et que le médecin de Byron écrivit l’ancêtre tombé dans l’oubli de toute la littérature de vampire : The Vampyre. Je vous laisse en admirer la couverture d’époque, déjà du meilleur goût vampirique :

7d1616f28a847047d936e7109d3b6c89

On y découvre l’histoire d’Aubrey, un jeune noble anglais qui rencontre à une soirée un certain Lord Ruthven, qui a un léger accent étranger. Peu après, Aubrey part pour la Grèce, où il tombe sous le charme d’une jeune fille du cru, qui lui raconte des légendes sur le vampire qui hanterait sa région.

Lord Ruthven rejoint Aubrey en Grèce. Et bizarrement, le crush d’Aubrey est retrouvée morte, vidée de son sang par le vampire en question, c’est pas de bol. Aubrey et Ruthven décident de continuer plus avant leur voyage, mais ils tombent entre les mains de bandits sanguinaires. Ils se font détrousser, et Ruthven est mortellement blessé au cours de l’assaut.

Mais je ne suis pas là pour vous raconter des histoires, revenons-en aux choses sérieuses. La raison pour laquelle The Vampyre est pionnier dans le genre de vampire… Qu’entends-je ? Vous réclamez la suite ? Bon, c’est bien parce que c’est vous…

Ruthven agonisant fait jurer à Aubrey de ne pas mentionner sa mort à son retour à Londres et de garder le silence pendant un an et un jour. Puis, il rendit son dernier soufffle.

Aubrey rentra à Londres, légèrement traumatisé par ce voyage cauchemardesque. Il finit par être suffisamment remis pour se rendre à un bal avec sa sœur. Quelle n’est pas sa surprise quand il y voit Lord Ruthven, tout fringant. Impossible, il était mort ! Aubrey, avec un train à vapeur de retard, comprend alors qu’il est le meurtrier de la jolie grecque. Entre deux sandwichs au concombre, Lord Ruthven lui rappelle discrètement son serment. Aubrey est mort de peur. Il manque alors défaillir quand Lord Ruthven entreprend de draguer sa sœur. Lié par son serment, il ne peut pas la prévenir du danger qu’elle court. La date de leur mariage est annoncée : c’est le jour où le serment sera levé. Désespéré, Aubrey écrit une lettre à sa sœur révélant la nature terrifiante de son fiancé, mais elle arrive un jour trop tard à destination. La jeune femme est découverte exsangue le lendemain matin. Et Lord Ruthven s’est volatilisé dans la nature…

Ce livre pourrait facilement prétendre au titre d’œuvre maudite car il causera la perte de son auteur, John William Polidori. Suite à une erreur de l’éditeur de Lord Byron, The Vampyre a été publié au nom de ce dernier. Résultat : Polidori est ulcéré et Byron furieux. Lord Ruthven étant une parodie des origines aristocratiques de Byron et de ses manies de tombeur, il aurait fallu un énorme sens de l’auto-dérision de la part de celui-ci pour se tourner ainsi lui-même en ridicule ! Face à la débilité profonde des éditeurs qui refusent de dévoiler le véritable auteur au grand jour, Polidori met fin à ses jours en 1821, soit deux ans seulement après la publication dudit ouvrage…

Conclusion : ces jeunes donzelles qui se pâment devant Edward de Twilight, ces téléspectateurs qui frissonnent devant Buffy contre les vampires, tous sont transportés par le fantôme de Lord Byron qui a traversé les siècles sous son habit fictionnel de vampire ténébreux !

Sources

https://fr.wiktionary.org/wiki/up%C3%ADr#cs
http://www.cnrtl.fr/etymologie/vampire
https://thoughtcatalog.com/james-b-barnes/2014/10/9-terrifying-facts-about-vampires-from-ancient-folklore-that-will-scare-the-sht-out-of-you/

Image : Couverture de The Vampyre par John William Polidori, éditeurs : Sherwood, Neely & Jones, London, 1819, deuxième tirage

Publicités

Répondre

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l'aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur la façon dont les données de vos commentaires sont traitées.