Praline, pralin, et compagnie : origine du mot, histoire et définition

Que l’on aime pâtisser ou simplement déguster, la praline est une confiserie incontournable et pourtant mystérieuse ? D’où vient la praline ? Qu’est-ce que c’est ? Que sont le pralin, le praliné et tutti quanti ? Cet article répond à toutes vos questions.

Qu’est-ce que la praline ?

La praline, n.f : bonbon de forme rocailleuse faite d’une amande torréfiée et rissolée dans du sucre. Existe aussi en rose.

Origine du mot et légendes culinaires

Montargis, quelque part entre 1636 et 1649,

Encore une découverte due à la sérendipité ? D’après la légende, oui…

Tout aurait commencé chez le Duc César de Choiseul, comte du Plessis-Praslin. La vie de château, des festins bi-hebdomadaires mi-politiques, mi-relations publiques, mi-flambage de carte bancaire, et surtout, d’immenses cuisines.

Origine du mot praline, et définitions pralin, praliné.

Origine du mot praline, et définitions pralin, praliné. Victory Schneider

La douce odeur de pâtisseries en préparation, le cliquetis d’ustensiles en bois et en porcelaine.

Le chef cuisinier orchestre ce gracieux et odorant ballet, il s’appelle Clément Jaluzot (ou Lassagne, selon les versions).
Notre bon Clément aurait fait tomber par inadvertance une amande dans du caramel. Une autre version est qu’il aurait été inspiré par un marmiton qu’il aurait vu grignoter des restes d’amandes pilés et d’éclats de caramel.

Le résultat est le même :

Clément Jaluzot ouvre sa propre boutique appelée la « Confiserie du Roy ». Il y vend des « praslines », dont il est largement reconnu qu’il est adapté du nom de son ancien maître, le comte du Plessis-Praslin.

Elle sera rachetée par un certain Léon Mazet et rebaptisée “Au maréchal duc de Praslin”, et qui tourne encore à ce jour.

Figurez-vous que la praline est citée dans l’Encyclopédie de Diderot et D’Alembert ! On y voit même la distinction entre la praline grise (non mondée), blanche (mondée) et rouge (colorée avec de la cochenille).

Cucul-la-praline : explication de l’expression

Comment est-on passé d’une délicieuse noisette enrobée dans du sucre bouillant à la notion de niaiserie et d’idiotie ? Recette :

  1. Prenez un mot péjoratif, comme « cul ».
  2. Dédoublez-le pour augmenter l’effet dévalorisant : « cucul ».
  3. Rajoutez un nom féminin derrière, pour amplifier son effet (les noms féminins ont un pouvoir intensifiant du fait du caractère plutôt sexiste de la langue française).
  4. Variez à l’infini :  cucul la rainette (Marcel Aymé).

On ne sait pas pourquoi la praline a été choisie pour compléter cucul. Mais une piste qui me paraît intéressante est que être idiot se disait également autre fois « être noix ». Un peu d’enrobage en sucre rose, et hop ! Mais ce n’est que mon hypothèse…

Petite parenthèse : Comment la langue française créé des mots en cascade

Pour inventer des mots, une technique facile et sans effort consiste à prendre un mot et à le changer de catégorie grammaticale, et encore, et encore, et encore. Exemple :

Avec le nom féminin praline, on a créé le verbe « praliner » qui signifie : faire rissoler dans du sucre. Et de ce verbe est né le nom d’une préparation à base de praline, ou d’autres choses, on verra ça en détail juste après, et cette préparation s’appelle… le pralin !

Pralin, qui es-tu ?

Je suis des pralines réduites en poudre. Ou plus souvent, des noisettes et des amandes caramélisées et broyées. On m’utilise comme sucre pimpé en pâtisserie. Gros bisous, ton pralin.

Et c’est là que se ramène le dernier luron de la famille Pralin.é.e : le praliné.

Le praliné, c’est du pralin (à base de praline, ou pas) mixé, les noix, un peu pulvérisées, vont exsuder l’huile qu’elles contiennent, et cette huile va nous faire obtenir une pâte onctueuse qui est la clef de voûte (je dis ça, parce que Notre-Dame vient de flamber comme une crêpe-Suzette) de desserts comme le Paris-Brest ou, plus luxe, le trianon ou gâteau royal (allez voir, c’est hypnotisant).

Ensuite, rien ne vous interdit de le mélanger à du chocolat, afin d’obtenir… du chocolat praliné.

Ce qui nous donne :

Praslin
(
pratronyme

praline
(n.f.)

↓ 
praliner
(v.)

↓ 
pralin
(n.m)


praliné
(n.m)


risques de caries
brossez-vous les dents après lecture de cet article
 

L’essentiel en quelques points
 •   praline vient du nom du comte de Plessis-Praslin, maître d’un chef cuisinier qui aurait inventé cette confiserie au XVIIè. S.
•   culcul-la-praline signifie niais, idiot, et est composé du dédoublement de « cul », accompagné d’un nom féminin qui en augmente l’intensité

Sources :

http://terroirs.denfrance.free.fr/p/produits_terroirs/centre_val_de_loire/praslines_mazet.html
https://www.mazetconfiseur.com/historique.html
https://ileauxepices.com/sucres/413-pralin.html
http://www.cnrtl.fr/definition/noix
http://www.cnrtl.fr/definition/cucul 

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10 mots curieux et oubliés pour briller en société

La langue française est un work in progress depuis des siècles. Et au fil du temps, des mots tombent dans l’oubli, parce que leur usage est devenu rare, vieilli, littéraire, ou très spécifique. Voilà de quoi alimenter des kilomètres de listes de faits étonnants pour autant d’années ! Pour muscler votre culture générale, briller dans une conversation, en dissertation ou pour émerveiller vos amis, voici une liste de mots et expressions bizarres. Vous trouverez une définition claire et simple, un exemple et les origines de chaque mot. À noter que ce n’est que l’un des sens de ces mots, qui peuvent en avoir, ou en avoir eu, d’autres !

Copie de Dent-de-lion

1. Dent-de-lion 

n.m. (archaïque) Ancien nom du pissenlit.
Étymologie : Son nom vient du fait que les pétales du pissenlit jaune sont crantés comme des dents de lion. Imaginatif !

Dent-de-lion, mot vieilli, origine, définition

2. Amphitryon

n.m. (familier) Celui qui invite les autres à dîner, chez lui ou au restaurant.
Étymologie : Amphitryon est un personnage de la mythologie grecque. C’est Molière, dans sa pièce éponyme (du même nom), qui a fait inviter du beau monde à Amphitryon, pour ensuite s’en moquer.

Le véritable amphitryon Est l’amphitryon où l’on dîne, MolièreAmph. III, 5.

 3. Nuée

n.f. (vieilli ou littéraire) Gros nuage.
Étymologie : En latin classique, le nuage se disait nubes, il a donné nue, puis nuée, et enfin nuage.
Bonus : un petit nuage se disait une « nue » !

Le soleil se couchait dans une nuée d’or et d’azur, VoitureLett. 10.

4. Cerquemaneur

n.m. (vieilli et régional) Personne en charge d’interroger les paysans pour savoir à qui appartiennent les bâtiments.
Étymologie : De « cherche » (cerque) et « manage » (habitation), puis on lui a ajouté le suffixe –eur pour désigner une personne qui fait l’action (comme mangeur, dormeur, etc.)

 5. Vignette

n.f. Décoration au début d’un chapitre dans un manuscrit à base de branches de vigne.
Étymologie : De « vigne », avec le suffixe –ette qui désigne quelque chose de petit et mignon. 

 6. Illuner

v. (hapax) Éclairer de la lumière de la lune.
Étymologie : Un hapax est un mot créé par un auteur, et utilisé une seule et unique fois pour toujours et à jamais ! Ce mot-valise de Rimbaud est composé de « illuminer » et « lune ».

A son réveil, – minuit, – la fenêtre était blanche. / Devant le sommeil bleu des rideaux illunés, Les Premières Communions, Poésies, Arthur Rimbaud, 1871

 7. Adamantin

adj. Qui a la dureté ou le brillant du diamant.
Étymologie : Il vient du latin adamas, le diamant. Ce mot est composé du suffixe négatif (a-) faire plier (damas) : « ce qu’on ne peut faire plier ».

Tout brillait de sa figure malicieuse que bordaient les bouclettes blondes serrées dans une étroite capote de rubans à trois plumes bleues, adamantines. P. Adam, L’Enfant d’Austerlitz,1902, p. 22.

Adamantin, mot rare, définition et origine

8. Loustic

n.m. (vieilli) Amuseur.
Étymologie : Ce mot vient du suisse allemand, qui l’a créé à partir du mot lustig, drôle, joyeux.

Dans une marche, quand le loustig a ri, toute la colonne rit, et demande : qu’a-t-il dit ? Courier2e lettre particulière.

 9. Noise

n.f. (vieilli) Querelle, dispute.
Étymologie : Le mot « noise » a une origine trouble et mystérieuse. Certains avancent qu’il viendrait du latin noxia (délit, faute, crime).

Il [un sanglier] passait son chemin, et il était bon de ne lui rien dire, de ne point chercher de noise avec lui, Molièreles Am. magn. V, 1.

 10. Leporello

n.m. (rarissime) Livre en accordéon.
Étymologie : Leporello est le nom d’un personnage d’un opéra de Mozart, Don Giovanni. À un moment, il déplie une liste en accordéon de toutes les conquêtes féminines de son maître. Le nom est resté pour désigner l’objet. 

 

 

 

 

Bullet journal, ni calepin, ni agenda : origines et explication

Je suis à nouveau dans une phase de recherche frénétique d’idées pour aménager mon bullet journal. Aujourd’hui, nous allons donc parler de l’origine (et les différences entre eux) de bullet journal, agenda et calepin ; bref, l’indispensable pour noter ces idées qui fusent. La langue française est toujours très créative pour inventer, trouver, emprunter de nouveaux mots, et nous verrons qu’elle recourt même parfois à des figures de style, ou figures rhétoriques.

D’où vient le mot « bullet journal » et qu’est-ce que c’est ?

Dans un calepin, on note ses idées, dans un agenda, les choses qu’on a à faire… Et la synthèse du calepin et de l’agenda est… le bullet journal ! Parlons-en, de cet emprunt direct à l’anglais.

Bullet journal : traduction et définition

Si on le traduit littéralement, bullet journal signifie « journal à puces ». En effet, la puce avec laquelle on fait des listes se dit bullet point en anglais.

Tout l’intérêt du bullet journal est justement l’utilisation systématisée et réfléchie des puces pour organiser sa prise de notes. Événements, pensées et choses à faire sont distignuées et hiérarchisées grâce à elles.

Le mot bullet vient du français « boulette », petite boule. En anglais, il désigne principalement la balle de pistolet, c’est pourquoi on rajoute point pour parler de la puce (des fois que cela prête à confusion…).

Il faut savoir que cet hybride calepin-agenda n’est pas tombé du ciel, ni des bureaux de

Les idées pour bullet journal rendent l'agenda plus coloré et apaisant. Son étymologie, elle, n'est pas apaisante du tout ! Estée Janssens

Les idées pour bullet journal rendent l’agenda plus coloré et apaisant. Son étymologie, elle, n’est pas apaisante du tout ! Estée Janssens

Leuchtturm, la marque de carnets qui surfe le plus sur la vague et est devenu fournisseur officiel de « bujo » dans le monde entier. Non, cette invention est due à un designer de produits numériques new-yorkais, Ryder Carroll, comme on peut le lire sur le site officiel (y a pas plus hipster).

Si vous hésitez sur la prononciation, car bullet ne se dit ni « boulette », ni « belette », j’ai essayé pour vous le dictionnaire en ligne Larousse anglais-français, et vous pouvez l’écouter par ici.  Après, comme c’est un emprunt, les francophones ont toute liberté de le prononcer comme cela leur paraît le plus évident !

Passons maintenant à son ancêtre…

Calepin : origine et explication

Chose assez rare en français, le mot « calepin » vient d’un nom propre ! Ambroglio Calepino était un religieux du XVe siècle, qui écrivit un dictionnaire latin au succès rapide et phénoménal. Deux ans après la première édition, il l’avait traduit en trois langues, et au fil des éditions, le nombre grimpa à 10 ! Comme les gens avaient l’habitude d’annoter ses marges, les petits carnets où l’on tient registre de plein de choses ont été appelés par son nom.

Point figure de style : quand on prend comme ça un nom propre pour en faire un nom commun, cela s’appelle une antonomase. Quelques mots ont été créés par ce procédés, comme amphitryon, pamphlet ou leporello.

Bonus : l’étymologie d’« agenda »

Le mot « agenda » vient du verbe agere en latin : faire. C’est littéralement le carnet des choses « à faire ! »

L’essentiel en quelques points
 •   bullet journal est un journal organisé par des puces, dites bullet points en anglais ;
•   « agenda » vient du latin agere, qui signifie « faire » ;
•   « calepin » est un hommage à Calepino, un religieux qui a écrit un dictionnaire best-seller dans lequel les gens griffonnaient beaucoup.

Pour aller plus loin

Figurez-vous que Leuchtturm signifie « phare » en allemand et est composé de Leuchte (n.f), la lampe, et de Turm (n.m), la tour, soit mot à mot : « tour avec une lampe ».

Les Anglais ont un verbe pour « noter rapidement des idées », il se dit jot down (clic, clic !) et j’en ai parlé dans un article entier !

Pour cet article, je suis allée voir ici, , et encore aussi.


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La différence entre le « chanvre » et le « cannabis »

Avec le débat actuel sur le cannabis médical, le développement des produits à base de chanvre (huile, graines, etc.), et le cannabis à fumer que l’on met dans sa blague à tabac, difficile de savoir si oui ou non le « chanvre » et le « cannabis » sont différents. Dans cet article, vous saurez tout sur les origines et la définition de ces mots, et je vous offre en bonus une expression bizarre malheureusement tombée dans l’oubli pour développer votre culture générale grâce à un petit quiz !

Origines et définition

Les plantes du cannabis et du chanvre viennent de la même famille. Le premier contient une molécule psychoactive : le THC, qui perturbe le fonctionnement des neurones et peut dans 8% des cas provoquer une addiction. Le chanvre, lui, n’en contient presque pas et n’a donc pas ces effets.

Figurez-vous que les mot « chanvre » et « cannabis » viennent tous deux du latin cannabis (originellement un mot grec, kannabis qui signifie « plante textile » car on peut en faire du tissu). Extraordinaire. Mais bon, si le lien entre cannabis et « cannabis » est évident, pour « chanvre », il l’est beaucoup moins.

Les mots du quotidien qui viennent du latin ont tendance à être mâchouillés avec enthousiasme au fil des siècles par des gens comme vous et moi. Et au bout du compte, ils ne ressemblent plus beaucoup à leurs photos de jeunesse.

Ainsi, le mot cannabis a été mastiqué pour devenir canapas, puis le « c » est devenu « ch » et ça a donné « chène- ».

Le cannabis et le chanvre sont des plantes différentes de la même famille et ont la même origine étymologique. Roberto Valdivia

Le cannabis et le chanvre sont des plantes différentes de la même famille et ont la même origine étymologique. Roberto Valdivia

Le mot latin cannabis a donné beaucoup de petits qui désignent des parties de la plante chanvre. À ce stade, on a ajouté « vide » à la fin de «chèn-» pour créer le mot « chènevis » (soit « chanvre vide »). C’est le nom des graines de chanvre, elles sont utilisées pour la pêche.

Puis, « chèn-» a continué d’évoluer et a donné « chènevotte », ou –otte signifie « petit », et désigne le résidu de la tige du chanvre, quand on a enlevé la fibre. La chènevotte sert à fabriquer des parpaings ou du béton de chanvre, tandis que la fibre de chanvre, ou filasse, sert à faire du tissu. Auparavant, le chanvre était très répandu, et la filasse servait notamment à fabriquer les cordages des navires, parce qu’elle est très solide.

En fait, le latin cannabis a contribué à baptiser presque toutes les parties de la plante du chanvre. Allez, c’est le moment de l’expression bizarre ! Saurez-vous deviner en deviner le sens ?

Quiz de culture générale 

Une « cravate de chanvre » désignait…

  • A) une corde pour pendre les gens
  • B) une cravate faite en tissu de chanvre à Amsterdam
  • C) un nœud en tissage ressemblant à celui de la cravate, utilisé pour les fils de chanvre

Vous trouverez la solution plus bas, dans la partie « L’essentiel en quelques points ».

 Le chanvre in English

Autant le mot anglais pour le chanvre n’est pas très intéressant, car il se dit hemp (chanvre) et vient des anciennes langues nordiques et allemandes où il voulait déjà dire la même chose, autant le lituanien est plus rigolo avec son mot kanapės (chanvre) ! Il est dérivé du russe et on retrouve des mots semblables en polonais et en ukrainien.

L’essentiel en quelques points
•     Les mots « chanvre » et « cannabis » viennent du latin cannabis
•     Le mot latin cannabis a donné chènevis (graine de chanvre) et chènevotte (résidu de la tige sans la filasse)
•     Solution du quiz : L’expressions « cravate de chanvre » désignait la corde avec laquelle on pend les criminels (réponse A). Auparavant, les cordes étaient souvent faites en chanvre, et un type de cordage s’appelait « cravate ». Cette expression populaire vient du croisement des deux, avec l’image d’un humour plutôt noir, que la corde qu’on vous passe au cou vous fait comme une cravate.

 Pour aller plus loin 

Jusqu’au XVIème siècle, le chanvre était « la » chanvre ! En effet, de ses origines grecques jusqu’en latin médiéval on pouvait soit dire canapus, qui était masculin, soit canava, qui était féminin. D’ailleurs, canava a donné bien plus tard en français le « canevas », une toile grossière utilisée en broderie. Fou, hein ?

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🔎 Pour cet article, j’ai passé au peigne fin… CNRTL, Littré, Etymonline, C’est pas sorcier, Musée du chanvre (21), Larousse, le Dictionnaire historique de la langue française

https://www.etymonline.com/word/cannabis?ref=etymonline_crossreference

https://www.youtube.com/watch?v=imD2eJVALH8

https://www.littre.org/definition/chanvre

http://museeduchanvre.pagesperso-orange.fr/fr_utilisation4.html

http://www.cnrtl.fr/definition/chanvre

https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/cravate/20262

Dernière mise à jour : 09/04/19

L’origine croustillante du sandwich

Nouvel épisode de la série des « mots gourmands ».

Le mot « sandwich » désigne un repas froid composé de deux tranches de pain et d’une garniture, souvent coupé en forme de triangle. Mais vous conviendrez qu’à aucun moment il n’y a de sable dans la recette !

Quel est le rapport entre un sandwich, l’addiction aux jeux de hasard et une petite ville portuaire d’Angleterre du XIIe s. ?

En d’autres mots : pourquoi le mot « sandwich » est-il composé de sand, le sable en anglais, et wich, qui ne veut rien dire a priori ?

Le responsable est John Montagu, né en 1718 et mort en 1782. Son petit nom lors des thés chez le Roi d’Angleterre, c’était comte de Sandwich. Or, il se trouve que ce comte de Sandwich aimait s’adonner à des jeux de hasard. Il aimait tellement ça qu’il lui était devenu de plus en plus insupportable d’interrompre une partie pour se sustenter. Étant donné que tomber d’inanition les bras en croix n’était pas non plus une option satisfaisante, il se tourna vers les sandwichs.

Cette explication appartient à l’ordre de la légende (comme souvent en cuisine, sauf quand c’est vrai), car nous pouvons difficilement vérifier si le quatrième comte de Sandwich avait effectivement une consommation remarquable de sandwichs.

L'étymologie du sandwich : origine, définition, explication.

L’étymologie du sandwich : origine, définition, explication. Mariana Medvedeva

En revanche, le mot « sandwich » vient bien du nom Sandwich, qui était le nom d’une ville en Angleterre il y a fort longtemps, Sandwicae, qui se traduit littéralement par le port (wicae) de sable (sand).

L’art et la manière d’accommoder une tranche de pain sont infinies. Profitons-en pour nous pencher sur les origines du mot « toast », et débusquer ses liens de parentés inattendus avec un autre mot tout aussi tête-brûlée (que du scoop !).

Le « toast », grillé devant l’éternel, vient de l’anglais du XVe siècle, où il signifie à la fois « toast » et « toaster ». Ceux-ci viennent eux-mêmes du vieux français (« toster », XII.è s.) et si on remonte jusqu’au latin, « toster » vient de torrere, qui signifie… sécher.

Après le mûrissement comme coup de soleil, les Romains nous surprennent à nouveau avec le sèche-linge avec option grille-pain !

Et c’est grâce à ce tour de force électro-ménager antique que cette enquête a mis au jour le fait étonnant que votre petit-déjeuner ordinaire est composé de deux cousins au regard de leur étymologie. Et les méandres de la métamorphose des mots et de leur orthographe les ont pourtant rendus insoupçonnables, comme vous le verrez. Je vous invite à jeter un regard lourd de reproche pour leurs cachotteries à votre toast et à votre… café ! En effet, la « torréfaction », qui consiste à griller les grains de café pour révéler leurs arômes, vient également du latin torrere !

La raison pour laquelle « torréfier » ressemble visiblement beaucoup plus à torrere que « toast », c’est que les mots savants ou spécifiques changent beaucoup moins avec le temps que les mots du quotidien, qui se font mâchouiller et émietter ardemment au fil des siècles.

Merci d’avoir lu cet article croustillant jusqu’au bout, je vous laisse avec les points importants mis en lumière.

L’essentiel en quelques points :
•    « sandwich » vient du nom d’un comte anglais, le comte de Sandwich ;
•    « toast » vient de l’anglais, puis du vieux français, puis du latin torrere (sécher) ;
•    « torréfier » vient également du latin torrere (sécher).

🔎 Pour cet article, j’ai passé au peigne fin ceci :

https://www.etymonline.com/word/sandwich
https://www.etymonline.com/word/toast
http://www.cnrtl.fr/definition/torréfier


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L’abricot, un mot qui a eu chaud

Avec le soleil et la pluie qui se succèdent au-dehors, les primevères dans les parterres et les petits oiseaux qui chantent, il est à nouveau temps de parler printemps, car le soleil est revenu.

Soleil qui va faire pousser les céréales, les légumes et les fruits de saison. Dont les abricots. Et ces derniers ont une étymologie très intéressante !

Figurez-vous que chez les romains, le mûrissement était considéré comme une cuisson faite par le soleil ! Une théorie croustillante, n’est-ce pas ?

« Faire cuire » se disait coquere, et quand un fruit mûrissait plus vite que les autres, on le disait praecox. Ce qui a donné « précoce » en français ! La grande question, c’est : est-ce que les Romains considéraient les coups de soleil comme le signe d’une cuisson trop rapide ?

Eh Caïus, vous n’auriez pas mis le thermostat un peu fort pour vos oreilles, par Jupiter ? ❞

— Reconstitution fictive, IVe s.

Bon, restons sérieux, la vrai question c’est…

Quel rapport entre un coup de soleil et un abricot ?

Sortez vos tablettes de cire et vos stylets, nous allons être en retard au cours suivant, « Les abricots à l’époque Romaine pour les nuls ». Vous en sortirez experts sur l’abricot à travers les siècles, l’évolution de son nom et surtout.

Les origines de l'abricot : faits étonnants sur l'étymologie et la langue française

L’origine du mot « abricot » a en réserve quelques faits étonnants sur la langue française. Jennifer Pallian

Parmi les abricots que les Romains faisaient pousser, il en existait une sorte qui mûrissait plus vite que les autres. Cela lui avait valu le petit nom de praecoquus, « le précoce ». Un nom pas si facile à assumer, quand on y pense… Les Romains avaient le surnom facile, il faut dire, Cicéron et sa tête de pois chiche immortalisés pour l’éternité peuvent en témoigner.

Et c’est là que les Arabes entrèrent dans la valse mondiale des abricots. Ils tentèrent d’emprunter le nom romain pour les abricots précoces, mais 1) ils le prononçaient barqouq (al barqouq avec l’article), et 2) ils l’utilisaient pour désigner tous les abricots sans distinction. C’était parti, le mot praecoquus allait faire le tour du monde et devenir méconnaissable.

Première escale : l’Espagne !

Les Arabes conquirent l’Espagne au VIIIe. s., et apportèrent dans leurs valises des abricotiers. Les Espagnols essayèrent à leur tour de comprendre le nom de ces fruits oranges et sucrés… ce qui donna albaricoque.

Deuxième escale : la France !

Au XVIe. s., ce fut aux Français de découvrir les joies de la prononciation de ce mot voyageur, et de lui donner la forme francisée que nous lui connaissons : « abricot ».
Et pour finir, voici le clou du spectacle avec cette dernière révélation : les abricots venaient à l’origine de… Chine ! L’abricot, fruit international par excellence.

L’essentiel en quelques points :
•   « précoce » vient de de praecox en latin : « cuit/ mûr en avance » ;
•   « abricot » vient du latin praecoquus, « celui qui est précoce », parce que les abricots mûrissaient plus vite que le reste.

🔎 Pour cet article, j’ai passé au peigne fin…
Les Étymologies surprises, René Garrus, Belin, 2009
http://www.cnrtl.fr/definition/abricot


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